(...) « Le modèle péruvien est extractiviste, il ne profite qu’aux plus puissants. Je crois que les Péruviens devraient être vigilants. La pauvreté et les inégalités sont toujours très présentes au Pérou et le panorama n’est pas différent dans d’autres pays d’Amérique latine. La question est : « existe-t-il un partage des richesses » ? » Ce modèle ne tient pas compte du droit des personnes », assure Éric Toussaint.
À Lima, le FMI a assuré qu’il avait évolué et que ses relations avec la région étaient aujourd’hui très bonnes. Éric Toussaint dément : « Le FMI n’a pas changé, l’institution est la même qu’avant. À partir des années 2003-2004, il a perdu de son influence en Amérique latine car les prix des matières premières ont permis aux pays de la région d’accroître suffisamment les recettes d’exportation pour rembourser de manière anticipée l’institution et s’émanciper ainsi de sa tutelle », explique Éric Toussaint, l’un des théoriciens les plus reconnus de l’écosocialisme. Il rajoute que si les Assemblées annuelles du Groupe BM et du FMI se tiennent à Lima, c’est parce que le Pérou est un allié des États-Unis.
Retour en force du FMI
Ces Assemblées « permettent de dégager deux constats : le premier, que le modèle néolibéral extractiviste est toujours d’actualité. Le second, que le FMI et la BM préparent leur retour en force en Amérique latine. En effet, les institutions financières estiment que la crise que provoquera la chute des cours des matières premières pour les pays exportateurs est une opportunité à saisir pour reprendre position et gagner en influence dans la région. Les Latino-américains ne doivent pas oublier les années 60, 70 et 80. », prévient-il.
Pour Éric Toussaint, qui revient de Grèce où il a travaillé en personne sur la dette publique du pays, il n’y a pas l’ombre d’un doute. Pire, bien que sous d’autres formes, ce qui s’est passé en Grèce lui rappelle l’Amérique latine. « Avec la crise économique en Grèce en 2010, le FMI a trouvé un moyen de revenir en force sur la scène européenne occidentale, au cœur de la zone euro, et à s’imposer face à des pays qui se croyaient immunisés contre le fonds. C’est ainsi que le FMI, de concert avec la Commission européenne et la Banque centrale européenne, a imposé un ajustement structurel à des pays comme la Grèce, l’Irlande, le Portugal et Chypre comme elle l’avait auparavant fait en Amérique latine et en Europe de l’Est. L’avenir du FMI s’inscrit en Europe et il promet d’être funeste pour les peuples européens. Les objectifs de l’institution sont aujourd’hui l’Espagne et l’Italie où elle a d’ailleurs cherché à participer à l’élaboration des politiques mises en œuvre dans ces pays. »
Ce que devrait faire le FMI, selon Éric Toussaint, c’est lutter contre la spéculation, contrôler les mouvements de capitaux et agir pour éradiquer les paradis fiscaux et la fraude fiscale.
La Banque mondiale finance des projets qui violent de façon flagrante les droits humains
En ce qui concerne la Banque mondiale, il réitère que la politique productiviste qu’elle mène est désastreuse pour les peuples et néfaste pour la nature. « La Banque mondiale finance des projets qui violent de façon flagrante les droits humains », conclue-t-il avant de rajouter : « Ces deux institutions devraient rendre des comptes devant la justice des pays où elles ont agi. » (...)