Le financement de grandes organisations interrompu pour cause de pots-de-vin et de subornation
IRIN a découvert que l’enquête de l’organe de surveillance du gouvernement américain sur la corruption dans l’acheminement de l’aide humanitaire de la Turquie vers la Syrie se poursuit et concerne plus d’organisations non gouvernementales (ONG) qu’annoncé précédemment.
La corruption dans les relations de sous-traitance et la fraude dans les passations de marchés discréditent l’aide transfrontalière, pourtant vitale pour les Syriens. (...)
un réseau d’entreprises privées, d’employés d’ONG et autres agissant de concert « dans le trucage de soumissions et de multiples formes de subornation et de corruption concernant des contrats de distribution d’aide humanitaire en Syrie. »
L’USAID n’a pas souhaité donner de précisions, mais les interviews menées par IRIN révèlent que plusieurs grandes organisations, dont International Medical Corps (IMC), le Comité international de secours (IRC) et l’ONG irlandaise GOAL, sont impliquées dans l’enquête et ont vu leur financement interrompu, au moins en partie.
Un « ingénieux stratagème » (...)
Ce rapport et les interviews menées par IRIN auprès de représentants des bailleurs de fonds, d’employés d’ONG et d’analystes, qui ont presque tous insisté pour garder l’anonymat, montrent clairement que les ONG et leurs fournisseurs turcs sont mêlés à ces irrégularités en matière de passation de marchés. En Turquie, il a été temporairement interdit à 14 individus et entreprises de recevoir des fonds du gouvernement américain.
Les firmes ROVA Relief et Senkardes en font partie. Toutes deux font la publicité sur leur site Internet en anglais de leurs services de fournisseurs d’aide humanitaire. L’une d’entre elles a notamment approvisionné une agence des Nations Unies. Une autre entreprise figurant sur cette liste fournit du matériel médical.
Le rapport du Bureau de l’Inspecteur général mentionne qu’un employé d’IMC a été démis de son poste en Turquie, mais IRIN a cru comprendre que ce sont au moins 800 personnes impliquées dans des contrats d’IMC en Turquie qui ont été licenciées en raison de l’interruption des financements de la part de l’USAID.
Peu après le début de l’enquête du Bureau de l’Inspecteur général, un rapport daté d’avril 2015 a fait mention d’une baisse de financement de 10,5 millions de dollars pour cause de « fraude détectée » dans un programme transfrontalier.
Pour l’instant, l’ampleur de la fraude signalée ne toucherait qu’une petite fraction des centaines de millions de dollars en jeu. Cependant, si les organisations mises en cause devaient suspendre leurs activités sur une longue période ou se voyaient interdire tout futur financement, les opérations de secours en Syrie en seraient considérablement affectées. Cela pourrait également entraîner des sanctions similaires de la part d’autres bailleurs de fonds et les ONG impliquées pourraient se retrouver à court d’argent.
Selon les estimations des Nations Unies, 13,5 millions de Syriens auraient besoin d’aide humanitaire - nourriture, soins médicaux ou abris. Au bout du compte, ce sont ces victimes (majoritairement civiles) de la guerre qui dure maintenant depuis cinq ans qui subiront les conséquences de ces fraudes. (...)