Le bois de vène est une essence précieuse qui sert à fabriquer des meubles de luxe en Chine. Menacée d’extinction à cause de la forte demande chinoise, l’espèce est protégée par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites). Son exportation est strictement contrôlée. Mais pas au Mali, où les acteurs du secteur jouent avec des insuffisances de la loi pour l’exporter en grande quantité.
au Mali, notre Observateur, qui travaille pour une société chinoise qui achète du bois de vène, dénonce une surexploitation des ressources disponibles. Il a requis l’anonymat.
L’exportation du bois de vène est très régulée à l’international. Mais dans la région de Kayes, les arbres sont coupés dans les forêts sans véritable contrôle à cause des Chinois. Cela provoque la déforestation. Nous subissons les effets des changements climatiques. On ne devrait pas couper n’importe comment les arbres.
Mais alors que l’espèce est menacée, la Direction des eaux et forêts continue de délivrer des permis à la Générale Industrie du Bois pour exploiter le bois et l’exporter. Il faut que cela s’arrête.
Le Mali dispose de 12 millions d’hectares de forêts. Et selon l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le pays perd 100 000 hectares chaque année à cause de l’exploitation abusive du bois.
"Le bois de rose est le produit forestier le plus vendu illégalement au monde"
Pour préserver les ressources forestières, le pays a interdit, en 2014, l’exportation à l’état brut de tout type de bois dont le bois de vène par le biais d’un arrêté interministériel. Avec un succès mitigé, puisque selon la base de données disponible sur le site du Cites, plus de 52 000 m3 de bois de vène ont été exportés en 2017 du Mali vers la Chine.
Naomi Basik Treanor est experte en gouvernance auprès de l’ONG américaine Forest Trends. Elle explique l’essor du marché de bois de rose en Chine. (...)
Nous avons pu consulter deux permis octroyés en janvier 2017 et janvier 2019. Sur le premier, la Direction des eaux et forêts autorise l’entreprise à exporter 87 m3 de bois de vène "sciés" pour le compte d’une société chinoise. Et le second autorise l’exportation de 513 m3 de "bois usinés" pour le compte d’une autre entreprise chinoise. (...)
Pour un ancien cadre de la Direction des eaux et forêts, ces permis ne sont pas conformes aux textes (...)
Des arguments que balaie du revers de la main Aboubacrine Sidick Cissé, directeur de la Général Industie du Bois. Il affirme avoir acquis les ressources qu’il exporte légalement. (...)
Quant à Bouraima Camara et Mamadou Gakou, les deux directeurs des eaux et forêts qui ont signé les permis d’exportation en 2017 et 2019, ils n’ont pas souhaité répondre à nos questions sur la légalité des actes administratifs.
Nous avons aussi essayé de contacter la direction des Eaux et forêts sans succès. Nous publierons leurs réponses dès que nous les aurons reçues.
Des lois peu claires
Si le Cites distingue le bois scié du bois transformé dans son glossaire, le décret de 2018 réglémentant l’exploitation des produits forestiers et leur commercialisation au Mali ne fixe pas le dégré de transformation du bois qui doit être exporté. Le code forestier malien ne tranche pas non plus. Ce qui laisse libre champ aux interpretations selon les acteurs. (...)
Pour Naomi Basik Treanor, de l’ONG Forest Trends, les lois sont peu claires dans de nombreux pays. Ce qui permet de les contourner facilement. (...)
Bailloh Bah, un élu local de la commune de Sagalo, dans la région de Kayes, lutte depuis plusieurs années contre l’exploitation du bois de vène dans sa commune. Il explique les conséquences de la surexploitation de cette ressource dans sa localité :
C’est une lutte très difficile. Dans ma commune, je suis seul contre beaucoup de monde. Ici, il n’y a presque plus de forêts. J’ai tout fait mais impossible.
Le Mali est un pays désertique, pourtant on permet aux gens de ravager le peu de forêts qu’il y a. C’est vraiment pitoyable. Ce sont des arbres qui ont plus de 300 ans qui sont coupés du jour au lendemain. Et les conséquences sont très lourdes. Cela nous empêche d’avoir la pluie. Comment les animaux vont-ils vivre comment après tout cela ?