D’habitude, Oum Mariam, sage-femme dans le sud de l’Irak, accouche chaque jour chez elle trois femmes. Mais avec le nouveau coronavirus, ce chiffre a plus que doublé, ses patientes assurant redouter d’être contaminées à l’hôpital. (...)
Dans sa ville de Kout, comme ailleurs dans le pays, les hôpitaux commencent à être débordés et déjà plus de 3.000 soignants ont —officiellement— été contaminés. (...)
Dans un pays qui s’enorgueillissait jusque dans les années 1980 d’avoir l’un des meilleurs systèmes de santé du Moyen-Orient, gratuit pour tous, les hôpitaux publics sont devenus des repoussoirs.
– Facture salée -
Equipements vétustes, personnel peu formé, bâtiments délabrés et budget de la santé qui n’atteint même pas les 2% dans un des pays pourtant les plus riches en pétrole : les hôpitaux publics sont depuis des années concurrencés par des cliniques privées. (...)
"Entre les rendez-vous et les médicaments à payer, je suis à bout, mais je préfère cela que de prendre le risque que mon fils soit contaminé à l’hôpital public" (...)
Mais rares sont les familles qui peuvent se permettre de telles dépenses en Irak, où le taux de pauvreté atteignait déjà 20% avant la pandémie.
– Auto-diagnostic -
Les premiers à en faire le constat sont les pharmaciens. L’un d’eux, qui préfère ne pas donner son nom, assure devoir formuler lui-même des diagnostics.
Ainsi, "90% de mes clients me décrivent leurs douleurs pour que je leur prescrive des médicaments puisqu’ils n’ont vu aucun médecin avant de venir", explique-t-il.
Une fois infectés, beaucoup d’Irakiens préfèrent rester chez eux dans un pays qui compte selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) 14 lits d’hôpital pour 10.000 habitants —contre 60 en France par exemple.
L’usine d’Etat de production de bouteilles d’oxygène médical de Taji, près de Bagdad, a ainsi dû augmenter son rendement.
"Chaque jour, nous produisons 1.000 à 1.500 bouteilles pour des hôpitaux, mais nous préparons aussi une centaine de bouteilles pour la distribution aux particuliers alités chez eux", explique Ahmed Abdel Moutlak, numéro deux de l’usine.
Mais en Irak, où la corruption règne et le marché des médicaments ne répond à aucune règle, la spéculation a fait exploser les prix pour les particuliers. (...)