Comme l’affaire du Mediator, le débat autour des pilules de 3e génération met en évidence plusieurs problèmes majeurs du système de santé français. Petit inventaire.
Des médecins peu ouverts sur l’extérieur
La formation pharmacologique des médecins français est, au mieux, médiocre. Ceci, en raison du financement à 99% de la presse médicale par l’industrie pharmaceutique, en raison du manque de rigueur scientifique des facultés de médecine et de leurs enseignants qui ne voient pas plus loin que le bout de leurs dogmes.
En raison, aussi, de l’incapacité antédiluvienne de ces professionnels à accepter que l’information scientifique est publiée en langue anglaise et qu’il faut soit la lire dans la langue d’origine, soit aller lire les traductions sur les sites canadiens – donc, en dehors de l’hexagone.
Être un scientifique, c’est s’ouvrir au monde, or un grand nombre de médecins français ne connaissent que le petit univers égocentrique et phobique que leur ont imposé leurs profs de faculté et leurs patrons hospitaliers. De plus, ils n’acceptent pas de communiquer entre eux.
S’ils acceptaient de s’interroger et de s’ouvrir aux autres, ils ne diraient plus qu’on ne doit pas poser un DIU (stérilet) à une femme sans enfant, que les anti-inflammatoires inactivent les DIU ou que les pilules de 3e génération sont "plus sûres" que les autres. Mais beaucoup de médecins français disent encore beaucoup de conneries – et ça ne concerne pas seulement la contraception, hélas. (...)
La colère déclenchée par la plainte de Marion Larat et celles qui ont suivi n’est pas seulement née des accidents sous pilule de 3e génération. Elle est le produit d’une frustration beaucoup plus large ressentie par les femmes, qui ne se sentent pas écoutées par ceux et celles-là même qui prétendent "les soigner".
Depuis dix ans et la création de mon site personnel, j’ai reçu des milliers messages de femmes me racontant les humiliations qu’elles subissent chaque jour, dans toute la France.
On refuse de leur poser un DIU ou un implant sans raison scientifique valable, on leur refuse une ligature de trompes pour des raisons idéologiques ou des pseudo-motifs "psychologiques" ineptes, on leur interdit une grossesse parce qu’elles ont plus de 40 ans ou on les culpabilise à 35 de ne pas vouloir d’enfants, on les accuse de se retrouver enceintes par négligence ou par "acte manqué", on les engueule parce qu’elles utilisent une "Mooncup" ou préfèrent une contraception naturelle.
On les regarde de haut parce qu’elles choisissent d’avorter ou au contraire refusent d’avorter d’un enfant trisomique ; on leur dit qu’elles sont folles quand elles décident d’accoucher chez elles ou pusillanimes quand elles veulent déambuler librement dans la salle de travail entre leurs contractions ; on leur dit tantôt qu’il ne faut pas allaiter, tantôt qu’il faut sans se préoccuper de ce qu’elles préfèrent.
On leur fait la morale parce qu’elles ont contracté une chlamydiae ou parce qu’elles ont plusieurs partenaires – on les traite d’anormales parce qu’elles sont lesbiennes ou vierges ; on les traite d’inconscientes lorsqu’elles n’ont pas vacciné leur fille contre le HPV ; on les menace de mort parce qu’elles ne font pas un frottis par an et une mammographie dès l’âge de 40 ans.
Et surtout, surtout, on ne cherche pas à comprendre ce qu’elles demandent, on n’écoute pas leurs questions et on n’y répond pas. (...)
L’humilité, trop de médecins français n’en ont pas. Quand le modèle d’enseignement facultaire aura changé, peut-être la majorité des praticiens qui sortiront de fac seront-ils capables de se mettre à la place de celles et ceux qu’ils soignent et de remettre en cause leurs certitudes.
Jusqu’à ce jour bien lointain, les femmes – et les hommes qui ne tarderont pas à donner de la voix eux aussi – seront en colère. Cette colère leur permettra de faire la différence entre ceux qui les respectent et ceux qui les méprisent - car ceux qui les méprisent prendront leur colère de haut, tandis que ceux qui les respectent respecteront aussi cette colère.
En attendant, la colère n’est pas près de s’apaiser. (...)