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Reporterre
En Auvergne, 650 motocross vont traverser des zones protégées
Article mis en ligne le 28 août 2022
dernière modification le 27 août 2022

Pendant six jours, 650 motocross vont parcourir des zones protégées Natura 2000 en Haute-Loire. La pollution engendrée par ce championnat mondial d’enduro est dénoncée localement

Ils aiment écouter rugir les moteurs le soir au fond des bois. Du 29 août au 3 septembre, la Haute-Loire espère accueillir 100 000 spectateurs aux International Six Days of Enduro (ISDE), dit « Les Six Jours d’Enduro », du nom de cette compétition de moto tout-terrain. Six journées pendant lesquelles 650 « enduristes » venus d’une trentaine de nations vont sillonner à motocross 600 kilomètres en pleine nature. Ces parcours vont leur faire découvrir les vallées cachées du Gévaudan, du Haut-Allier, franchir la frontière avec le département voisin de Lozère… Et traverser plein pot des zones protégées Natura 2000 : presque 100 km de piste traversent les gorges de la Loire, et 6,7 km les gorges de l’Arzon.

« C’est un événement touristique très important pour faire connaître notre département, défend Annie Ricoux, vice-présidente Les Républicains à l’environnement et au développement durable de Haute-Loire. Il y a un enjeu pour attirer des touristes, et montrer qu’on a une belle Haute-Loire avec un espace environnemental très important, qu’on le respecte et qu’on le maintient. » Les associations de protection de l’environnement redoutent pourtant l’impact des bolides sur la faune et la flore des milieux naturels traversés. « On a demandé à éviter ces espaces protégés. Ça nous paraît ahurissant qu’on en soit à faire des compétitions de moto sur des sites Natura 2000 », s’exaspère Jean-Jacques Orfeuvre, vice-président de France Nature Environnement Haute-Loire. (...)

La région Auvergne-Rhône-Alpes a accordé une subvention de 150 000 euros à la compétition, le Conseil départemental de Haute-Loire a déboursé 90 000 euros, la Communauté d’agglomération du Puy-en-Velay 50 000 euros, et son Conseil municipal 10 000 euros.

« Ce déni climatique me paraît grave » (...)

La promotion de ce loisir énergivore et polluant exaspère les associations de défense de l’environnement. En particulier au terme d’un été caniculaire ravageur pour la biodiversité. « Ce déni climatique me paraît grave, dénonce Jean-Jacques Orfeuvre. On est dans une urgence absolue à freiner le réchauffement climatique, qui produit des épisodes de sécheresse et qui oblige à réduire les consommations de pétrole et d’énergie. Il imposerait de mettre la sobriété au cœur de nos pratiques. » (...)

Quelles sont les mesures prévues pour limiter l’impact de la compétition ? Contacté, le comité organisateur de l’ISDE n’a pas répondu à Reporterre. Ses représentants ont assuré auprès de nos confrères de Zoom d’Ici nettoyer, sécuriser et baliser chaque tracé pour protéger les espaces traversés. Des ponts temporaires ont été construits au-dessus des rivières pour éviter aux motos d’abîmer leur lit. (...)

Depuis janvier, les associations écologistes ont écrit cinq courriers à la préfecture pour obtenir le tracé précis des parcours et l’étude d’incidence de l’ISDE. En réponse, la préfecture et les représentants des trois clubs organisant le mondial les ont invitées à deux réunions. (...)

« On a l’impression qu’ils ne jouent pas le jeu, confirme le vice-président de FNE Haute-Loire. Nous sommes une association agréée, présente dans les commissions environnementales. Là on a été exclus de toutes les réflexions. On n’a pas eu accès aux études préparatoires. C’est affligeant : on regroupe une dizaine d’associations sur le département et il y a un bouclier pour qu’on ne mette pas notre nez dans ces réunions de travail. »

À moins de deux semaines du championnat, les associations de défense de l’environnement viennent seulement de recevoir l’ensemble des documents nécessaires pour jauger son impact. (...)