A la fois visionnaire, idéaliste, passionné et acharné de travail, il fascine des millions de personnes. A moins de vivre dans une grotte, il est difficile de ne pas savoir qui est Elon Musk.
Nous pourrions dire qu’Elon Musk est un génie. Ce mot est peut-être trop souvent utilisé, mais en relisant la définition, je la trouve tout à fait appropriée : ‘personne qui se démarque de façon exceptionnelle de ses contemporains par un talent hors du commun et/ou une habileté intellectuelle remarquable‘. Génie ne veut bien sûr pas dire ‘personne à la morale et aux actes irréprochables‘. Ce serait trop facile.
(...) concentrons un peu la réflexion sur l’impact qu’Elon Musk et ses activités ont sur l’environnement et le climat. L’homme qui veut ‘aider l’humanité à émettre moins de CO2 et à mieux utiliser l’énergie du soleil‘ est-il une solution, ou un cauchemar pour l’environnement et le climat ?
Politique et idéologie
Commençons par un rapide détour pour comprendre la façon de penser d’Elon Musk. Il a baigné toute sa vie dans la technologie, fondant sa première entreprise (Zip2) à 24 ans et fut l’un des acteurs principaux du succès de PayPal au début des années 2000 (qui une fois racheté par Ebay, lui a assuré un joli pactole de 180M de dollars). L’innovation technologique, c’est son truc. Il n’a jamais vraiment accepté qu’on lui dise ‘c’est impossible’ : il y a probablement une innovation possible pour tout problème. C’est valable pour les transports (hyperloop), pour l’espace (Space X), mais également pour « soigner l’autisme et la schizophrénie » (Neuralink).
Au-delà d’être un techno-enthousiaste, Elon Musk est écomoderniste : les humains peuvent protéger la nature en utilisant la technologie pour découpler les impacts anthropiques du monde naturel. Problème de CO2 ? Facile : construisez des centrales nucléaires, investissez massivement dans les technologies de captation de CO2. Vous pensez que c’est caricatural ? Je vous invite alors à suivre n’importe lequel des signataires du manifeste écomoderniste, à commencer par Michael Shellenberger, notre fameux »IPCC expert ».
Et la politique ?
Rares sont les milliardaires qui s’affichent politiquement. Quand on est riche à ce point, c’est mieux d’être ami avec tout le monde et de ne fermer aucune porte… au business. C’est la stratégie d’Elon Musk. (...)
Son avis sur le capitalisme ? « That’s a great system ». Il suffirait simplement de mettre une taxe carbone ‘juste’, basée sur les revenus. C’est fou, personne n’y avait pensé ! Je me demande franchement pourquoi ce n’est pas en place depuis 20 ans, pourquoi la tonne est à un prix ridicule, et qui bloque cela… (...)
Elon Musk et le changement climatique
Des millions d’américains sont climatosceptiques. Certains pensent que c’est un phénomène naturel et que l’homme n’y est pour rien, d’autres pensent que c’est un coup des chinois. Dans la mesure où les Etats-Unis est un pays producteur de pétrole, qu’ils sont historiquement le pays le plus émetteur de CO2 et qu’ils viennent de vivre 4 ans de présidence de D. Trump, cela n’a rien de surprenan (...)
Soyons clairs : Elon Musk n’est pas climatosceptique. C’est même tout le contraire. Il pense que le changement climatique est l’une des deux plus grandes menaces de l’humanité, avec l’intelligence artificielle. (...)
Très critiqué lorsqu’il avait rejoint le Conseil économique de Trump, il avait fini par le quitter lorsque Trump avait annoncé qu’il sortait les Etats-Unis de l’Accord de Paris. Sur le constat, nous pouvons affirmer sans hésitation qu’Elon Musk est au courant du défi climatique. Mais qu’en est-il de ses solutions ?
Tesla et voitures propres
Décarboner les transports est l’un des enjeux majeurs des 30 prochaines années. Nous parlons tout de même d’environ 16% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Sans une baisse drastique, nous n’avons aucune chance d’atteindre la neutralité carbone. (...)
C’est un enjeu de taille à l’échelle mondiale et d’autant plus pour les pays riches occidentaux, à l’instar de la France, où la part des émissions des transports atteignent 29%. Cet enjeu est également une opportunité de business, et Elon Musk l’a compris dès 2004 en investissant dans Tesla. S’il n’en est pas le fondateur, c’est bien lui qui a fait ce que Tesla est aujourd’hui : une entreprise dont tout le monde parle et dont le cours de bourse a été multiplié par 10 en 2020.
Voitures électriques et climat
Lorsque vous évoquez les problématiques climatiques, le sujet des voitures électriques est incontournable. Avant une analyse plus poussée dans l’année, voici, dans les grandes lignes, ce qu’il faut savoir sur le sujet :
Les voitures électriques polluent considérablement moins eu Europe sur leur durée de vie que les véhicules classiques.
Dans les pays où le parc électrique n’est pas décarboné, comme la Chine (charbon), l’intérêt de la voiture électrique est très faible, les émissions sont alors quasi similaires à un véhicule hybride.
Les comparaisons entre véhicules électriques et véhicules conventionnels sont complexes. Cela dépend de la taille du véhicule, de la précision des estimations de la consommation de carburant, de la manière dont les émissions d’électricité sont calculées, des habitudes de conduite, des conditions météorologiques, etc. Il n’existe pas de modèle comptable unique qui s’applique partout.
Prenant en compte ces éléments, on peut très vite en conclure deux choses : en Europe (et particulièrement en France), la voiture électrique est le meilleur choix. En revanche, en Chine et aux Etats-Unis, la conclusion sera beaucoup moins évidente. (...)
« Voiture propre » ?
Il n’est pas rare d’entendre que voiture électrique = voiture propre. Je l’ai entendu de mes propres oreilles une bonne cinquantaine de fois de la part de français, mais aussi et surtout d’américains. Elon Musk est avant tout un génie du marketing : il vend des voitures et les propriétaires de Tesla arrivent à vous regarder dans les yeux en vous disant « I’m saving the environment, I have a Tesla« . C’est du vécu, ne riez pas.
Dans la tête de ces personnes, les Tesla poussent comme les arbres : il suffit de planter une graine et hop, vous avez une Tesla S. Et non John-Kevin : aucune voiture n’est propre. Aucune voiture n’est écologique, même si elle est électrique. Une voiture électrique émet d’ailleurs plus de gaz à effet de serre à la construction puisqu’il faut produire des batteries. Nous venons enfin au cœur du problème : l’extractivisme. Avoir augmenté l’extractivisme sur la planète de 80% en 30 ans (source : Extractivisme, Exploitation Industrielle De La Nature d’Anna Bednik) n’a pas suffi : nous allons redoubler d’efforts avec les voitures électriques. Si Emmanuel Hache s’étonnait de « l’absence de la Bolivie dans le paysage des extractions minières« , lorsque l’on sait que les salines d’Uyuni constituent les plus grandes ressources mondiales de lithium, je tiens à le rassurer : Elon Musk est au courant.
Cerise sur le gâteau, n’oublions pas les multiples usines Tesla implantées un peu partout dans le monde, avec bien souvent un mix électrique extrêmement carboné. (...)
PS : compte tenu du prix moyen d’une Tesla, je peux dire avec certitude que si vous êtes propriétaire d’une Tesla, votre empreinte carbone n’est absolument pas soutenable. Try me, comme on dit à Miami.
PS2 : Le saviez-vous ? Sur les 5 derniers trimestres, Tesla n’a pas fait un seul dollar de bénéfice en vendant des voitures, mais uniquement en vendant des crédits carbone. Elle est pas belle, la finance verte ? (...)
premier problème fondamental : Elon Musk fait ce qu’il veut et veut que tout le monde puisse faire pareil. Il ne voit que les avantages de sa démarche, sans jamais se poser la question des conséquences. Il est certain que l’industrie aérospatiale a joué un rôle jusqu’ici fondamental dans l’étude du climat, grâce aux satellites météo placés en orbite. Le problème, c’est qu’Elon Musk veut multiplier le nombre de satellites par 20, ce qui aura pour première conséquence directe de perturber les opérations spatiales et les recherches en astronomie. Mais vous comprenez, c’est important que John-Alfred puisse faire sa vidéo Tik Tok au milieu du désert Texan en haute définition. On fait ce qu’on veut, God bless America.
Tout cela a bien sûr été soutenu d’abord par l’administration Obama puis celle de Trump, et ne s’arrêtera pas sous Biden. (...)
« Coloniser Mars »
Ce qu’il y a de bien avec Elon, c’est qu’il a solution à tout. « Il est probable que la Terre devienne invivable. Mais j’ai une solution à cela : nous allons aller coloniser Mars ». C’est ainsi que l’un de ses objectifs est d’envoyer 1 million de personnes sur Mars d’ici 2050. Les mauvaises langues demanderont « et que fait-on des 7.7 milliards d’autres personnes ? », mais ce n’est pas vraiment son problème.
Encore une fois, c’est un passe-temps qu’il partage avec Jeff Bezos, qui pense lui que la Lune et les astéroïdes constituent des gisements inépuisables de ressources. Nous arrivons ici à un deuxième problème fondamental : à nouveau, l’extractivisme. (...)
Vouloir donner la possibilité à un million d’humains d’aller sur Mars, c’est oublier 99.99%+ du reste de la population mondiale. Toujours cette idée des milliardaires qui ne savent pas quoi faire de leur argent (nous y reviendrons) et qui investissent dans des projets lunaires.
Troisièmement, une critique idéologique, voire philosophique. Le refus de vivre dans les limites et de vouloir toujours plus de tout est la traduction de notre économie actuelle : néo-libérale, dirigée par le marché (qui bien sûr, est toujours juste et transparent et règle tous les maux). Elon Musk est comme son homologue Jeff Bezos : les limites sont faites pour être transgressées, et pour cela, il y a toujours une solution technologique.. (...)