Cette étudiante de 24 ans en master de sciences politiques à Paris-VIII a été arrêtée à Istanbul le 11 juin, soupçonnée d’être membre d’une organisation terroriste armée.
Sur la table du café où nous nous rencontrons, elle joue nerveusement avec les miettes pendant deux heures. « Désolée si je détaille trop », s’excuse-t-elle à plusieurs reprises.
Elle conte son histoire avec la Turquie comme l’enchaînement de suites logiques : première visite il y a trois ans, une année d’Erasmus à l’université de Galatasaray en 2011, à nouveau Istanbul depuis août 2012, « dans un appart’ juste derrière la place Taksim », pour bosser son mémoire sur les Kurdes qui apprennent la langue kurde une fois adultes, un stage à l’Association des droits de l’homme (IHD) depuis février 2013, où elle fait la revue de presse et participe à l’organisation de conférences, deux jours par semaine.
Dès le deuxième jour des manifestations qui ont commencé à la fin du mois de mai, Elisa Couvert est présente dans le parc de Gezi. « Toute seule, parfois avec des amis. » (...)
Dans le bus qui emmène Elisa et les 55 autres manifestants au commissariat central qui traite des affaires de terrorisme, trois policiers tabassent un homme à l’arrière.
Pendant quatre jours de garde à vue, on la soupçonne d’être un agent. Elisa est accusée, parmi les multiples chefs, de « propagande pour une organisation terroriste armée », et de « volonté de destituer l’Etat ».
« Je leur ai bien précisé, plusieurs fois, que je ne connaissais même pas l’existence de ce parti. »
Le 15 juin, le procureur déclare Elisa innocente, et libre. Elle doit néanmoins se rendre dans un autre commissariat, sans aucune explication, où là, on l’invite à monter dans la « maison des invités ». (...)
« Au premier étage, je vois des hommes accrochés aux grilles, torse nu. Au deuxième, des femmes débraillées, allongées sur des couvertures. On me laisse là, les policiers s’en vont. »
Elisa est à Kumkapi, le centre de rétention pour étrangers. « Au début, on m’annonce que je serai peut-être libérée le lendemain [samedi 22 juin, ndlr]. Chaque jour, tu crois que c’est le dernier jour, et puis non. Des femmes sont là depuis cinq mois. »
Elle passe neuf jours à écouter le quotidien de ces femmes en attente, à faire la traduction pour les francophones et les anglophones qui ne parlent pas turc et qui n’ont pas d’interprète à disposition. (...)