Au Nord comme au Sud, la mise en place de ces mégaprojets entraîne – presque systématiquement – des conséquences écologiques |1| catastrophiques, ce qui souligne leur caractère arriéré et teinté de folie au vu des enjeux climatiques et environnementaux actuels.
L’expression « éléphant blanc » désigne un mégaprojet, souvent d’infrastructure, qui amène plus de coûts que de bénéfices à la collectivité. Pour la petite histoire, la métaphore de l’éléphant blanc provient de la tradition des princes indiens qui s’offraient ce cadeau somptueux. Cadeau empoisonné, puisqu’il entraînait de nombreux coûts et qu’il était proscrit de le faire travailler. Ce terme est généralement utilisé pour désigner des mégaprojets développés dans les pays du Sud.
L’expression « grands projets nuisibles et imposés », qui fait suite à l’expression plus connue de « grands projets inutiles et imposés », désigne également des mégaprojets qui parfois n’ont même pas été terminés ou se sont avérés par la suite inutiles et coûteux. « Inutiles »... vraiment ? Ces projets servent en fait des intérêts bien particuliers, ceux des firmes grassement payées pour leur construction et / ou par l’usage qui en sera fait. Ils sont donc bien utiles pour une poignée de privilégiéEs, même s’ils sont nuisibles pour la majorité de la population et l’environnement. Cette expression est généralement utilisée pour désigner des mégaprojets développés dans les pays du Nord.
Dette écologique
Le cas d’Assouan en Égypte montre bien les désastres écologiques provoqués par les grands barrages. Inondations, inégalité d’accès à l’eau, élévation du niveau de la nappe phréatique, salinisation et érosion des sols, évaporation de l’eau (douze milliards de mètres cubes, soit 14 % du débit du Nil), destruction des fertilisants naturels et recours aux engrais chimiques, apparition d’espèces invasives et de nouvelles maladies. Et c’est sans parler de la catastrophe humanitaire qu’ont vécu les Nubiens dont les terres ont été noyées et qui ont été forcés à un exil catastrophique |2|Plus proches de nous dans le temps et l’espace, les projets d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et de la LGV (TAV) Lyon-Turin en Italie entraîneraient également des destructions à grande échelle (voir encadré). Dans le premier cas, il est facile de penser à l’impact climatique qu’auraient les activités de ce nouvel aéroport. Mais c’est également la destruction de 2000 hectares d’une zone bocagère à la biodiversité et à la participation au cycle de l’eau exceptionnelles, et de terres cultivables – à l’heure où l’insécurité alimentaire en Europe atteint des sommets – qui mobilise les foules. Et le fait que le projet soit certifié « Haute Qualité Environnementale » n’y changera rien...
C’est souvent cette attaque contre les écosystèmes (au sens large, dans lequel vit la population) que ces projets impliquent qui provoque l’indignation et la résistance des habitants et des mouvements sociaux. Peut-être plus que leur impact financier, et pourtant…
Dette financière (...)
Nous ne paierons pas pour leur folie
Ces folies ne sont donc pas inutiles pour tout le monde. Et si parfois ces projets ne sont que le fruit de mégalomanies, ils sont souvent présentés comme répondant à l’intérêt général. Pourtant, ils se moquent généralement de l’opinion publique. Le prétendu « développement » et la « croissance », au Sud comme au Nord, nous sont resservis sans cesse, ainsi que le respect de « l’État de droit » et de la « démocratie ». Mais cette fable convainc de moins en moins. (...)