Reporter l’âge de départ à la retraite est une mesure anti-écologique, estiment les signataires de cette tribune. Ils et elles appellent à réinvestir la protection sociale afin se préparer solidairement aux crises climatiques.
Reporterre et le journal Fakir vous invitent à une grande soirée, mardi 10 janvier, pour lancer la bataille contre la réforme des retraites.
La prochaine réforme des retraites, présentée mardi 10 janvier, n’a pas été pensée en fonction de la situation écologique, pourtant catastrophique. Le gouvernement aurait pu engager une réflexion sur les liens entre travail, surproduction et surconsommation.
Il est en effet maintenant reconnu que plus on travaille à produire des richesses économiques, plus on accroît la pression sur les ressources naturelles, et plus augmentent les pollutions environnementales et les émissions de gaz à effet de serre, en grande partie responsables du réchauffement climatique.
Mais non, rien. Pas la moindre petite étude sur ce sujet. Pire, cette réforme va contribuer au soutien des énergies fossiles. En plus de durcir la vie de millions de personnes, d’augmenter la précarité des seniors, déjà très pénalisés par le chômage. Aperçu en cinq points.
1 — Travailler plus pour financer la transition écologique, vraiment ?
Selon le gouvernement, cette réforme va permettre jusqu’à 33 milliards d’euros d’économie à l’horizon 2035… qui financeraient notamment la transition écologique. C’est cocasse ! En 2021, l’Institut de l’économie pour le climat, un groupe de réflexion, estimait que les dépenses défavorables au climat représentaient près de 20 milliards d’euros par an.
Parmi celles-ci : la non-taxation du kérosène des avions et du fioul maritime, les remises de TVA sur le diesel des poids lourds, la TVA réduite sur les billets d’avion… Et la gabegie ne s’arrête pas là. Pour rappel, la remise à la pompe et le bouclier tarifaire sur l’énergie — un financement étatique des superprofits des entreprises pétrolières et gazières qui spéculent sur la crise — coûtent 110 milliards sur 2021-2023.
L’accès des ménages au chauffage, au transport et à l’électricité est un droit, mais verser de l’argent aux plus grosses entreprises pollueuses et réglementer ainsi les marchés de gros (électricité, gaz, pétrole) est un choix politique.
Il faut faire des économies ? Elles seraient disponibles dès à présent, par un projet rectificatif, non pas de notre système de protection sociale, mais de la loi de Finances du gouvernement (adoptée via le 49.3 fin 2022), et par la mise en place d’un « impôt sur la fortune climatique ». Ce dernier a déjà été demandé et chiffré par la société civile, qu’il s’agisse de la Convention citoyenne pour le climat, d’Oxfam ou de Greenpeace !
2 — Ce dont notre société a besoin, c’est d’une vraie réflexion sur le travail (...)
Des centaines d’études montrent que diminuer le temps de travail, ne serait-ce que d’un jour par semaine, serait beaucoup plus bénéfique à la réduction des gaz à effet de serre que n’importe quelle autre mesure, et aurait des effets plus rapides et sûrs que d’attendre la décarbonation de tous les secteurs d’activité.
3 — Cette réforme encourage la retraite par capitalisation, qui contribue au désastre climatique (...)
4 — Moins protéger les plus vulnérables n’est pas une stratégie d’adaptation acceptable aux crises écologiques (...)
5 — Il faut reprendre la main sur la protection sociale, née de la solidarité des travailleurs
Dès les origines, l’histoire de la protection sociale est celle de communautés de personnes qui se sont prises en main, organisées et autogérées pour permettre à leurs membres de s’offrir mutuellement entraide et sécurité, à travers des sociétés de secours populaire d’abord, puis de secours mutuel (les ancêtres de la Mutualité).
La protection sociale s’est ensuite renforcée au cours des Trente Glorieuses (1945-1975), mais sur la base d’une exploitation sans limites de la nature et des autres peuples — c’est l’enrichissement général lié à la croissance qui a permis l’augmentation des cotisations, et des pensions de retraite. Un chantier s’ouvre donc devant nous pour repenser la protection sociale sur d’autres bases, démocratiques, populaires et écologiques.
Ne tardons pas pour engager à nouveau la bataille. Se battre dans la rue, mais aussi se donner des espaces de discussion et de transformation, en investissant les places publiques, les bourses du travail, les espaces de soins… Bref, faire mouvement social dans la joie du renouvellement.
Nous pensons que seule une mobilisation rassemblant les mouvements écologistes et sociaux, les syndicats, mais aussi les acteurs de la protection sociale, associatifs, mutualistes, caritatifs, soignants, étudiants, fauteuils roulants et déambulateurs…, est à même de nous sortir de cette impasse qu’impose le gouvernement. Faisons pression par différents moyens : grève générale, blocus, interpellation des députés. (...)