"Il y a eu de multiples patients zéro" : comment des chercheurs essayent de retracer l’apparition du coronavirus en France
Les premiers cas confirmés de Covid-19 dans l’Hexagone ont été recensés fin janvier. En réalité, le virus aurait circulé bien plus tôt sur le territoire français. (...)
Dix jours avant l’annonce du cas de Bobigny, une étude co-écrite par Etienne Simon-Lorière et publiée sur le site BioRxiv (en anglais) démontrait déjà que l’introduction du coronavirus en France datait de la mi-janvier. "Avec une intervalle de confiance relativement large, de mi-décembre à mi-février", précise le virologue. Les premiers cas repérés se situaient bien dans les Hauts-de-France, plus précisément dans l’Oise, "mais le patient zéro aurait pu venir d’ailleurs", insiste-t-il. (...)
Des cas encore plus précoces bientôt découverts ?
En réalité, "il y a eu de multiples patients zéro", c’est-à-dire au moins "une dizaine d’introductions séparées du virus en France", estime Etienne Simon-Lorière. Plusieurs de ces introductions "n’ont pas contribué à la circulation intense du virus" sur le territoire, mais "il est très difficile de savoir lesquelles". Pour le virologue, nombre de porteurs sains semblent "clairement" avoir contribué à cette propagation du virus, sans qu’il soit possible de le savoir. Parler de "patient zéro" pour Amirouche Hammar semble donc "complètement déraisonnable", conclut Olivier Bouchaud. Car "si cette recherche est généralisée dans les services de réanimation et d’infectiologie, rien n’exclut que l’on trouve d’autres cas dans quelques jours ou semaines". Et potentiellement des cas encore plus précoces, d’après Yves Cohen.
L’étude parue dans l’International Journal of Antimicrobial Agents insiste bien sur la nécessité de nouvelles recherches, pour justement mieux comprendre les points de départ de l’épidémie en France (...)
Des examens rétrospectifs généralisés
Nombreux sont les hôpitaux, comme ceux de Colmar, Bondy et Bobigny, à rééxaminer des dossiers passés. (...)
Même si ces recherches continuent, le virologue "doute qu’on arrive à vraiment retracer les premières introductions" du virus en France. (...)
Un constat partagé par Olivier Bouchaud, de l’hôpital Avicenne. Ce dernier est conscient que cette recherche des premiers cas "ne fera pas revenir les patients décédés" et ne "changera pas fondamentalement les choses". "Mais pour un virus nouveau, mieux comprendre les chaînes de propagation est très important, pour tenter de le contrer plus facilement s’il revient, défend-il. Nous avons toujours intérêt à comprendre."