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Diesel ou essence, le plus gros pollueur n’est pas forcément celui que vous croyez
Article mis en ligne le 2 novembre 2021

Dans son dernier rapport, publié le 2 mai 2018, l’Organisation mondiale de la santé indique que neuf personnes sur dix respirent un air pollué et que sept millions meurent chaque année à cause de l’exposition aux particules fines.

Au-delà de la quantité présente dans l’air, la taille de ces particules entre en ligne de compte : plus elles sont petites, plus elles pénètrent dans l’organisme, induisant des effets nocifs.

Même s’il n’est pas le seul contributeur à la pollution de l’air, le secteur des transports y joue un rôle majeur, et tout particulièrement dans les zones fortement urbanisées.

Contrairement aux idées reçues, les véhicules diesel ne sont pas les seuls émetteurs de particules fines à la sortie du pot d’échappement : les nouveaux véhicules essence à injection directe contribuent également à ces émissions.

En fait, ce sont tous les véhicules, quel que soit leur système de propulsion, qui génèrent de telles particules, tout simplement parce qu’une bonne part d’entre elles provient de l’abrasion des pneumatiques et des freins. Celles-ci représentent près de la moitié du total des émissions liées au transport routier dans les zones urbaines.
Filtre à particules et injection directe (...)

Les émissions de particules à l’échappement du parc diesel ont ainsi diminué de 35% entre 2004 et 2013, malgré l’augmentation du nombre de véhicules.

De leur côté, les véhicules essence étaient traditionnellement très faiblement émetteurs de particules, mais l’introduction des technologies d’injection directe en essence (IDE) à partir de 2007, destinées à réduire la consommation de carburant, a changé la donne.

Ces véhicules émettent davantage de particules fines, en particulier à froid et lors de fortes accélérations. Or en 2016, les véhicules essence à injection directe représentaient 43% des ventes de véhicules essence en Europe, affichant une nette progression. Ces modèles se généralisent sur les gammes essence, une évolution qui explique en partie le nombre croissant de particules fines présentes dans notre atmosphère.

Nouvelles normes et technologies (...)

À partir de 2009, la norme Euro 5 a introduit, en complément de la limitation en masse, une limitation du nombre de particules émises pour les véhicules diesel (fixée à 6x10¹¹ particules par kilomètre), ce qui permet de prendre en compte les particules fines ou très fines.

En 2015, la norme Euro 6b a étendu cette limitation aux moteurs essence, dont le seuil pour les émissions de particules en nombre devient donc identique à celui des véhicules diesel.

Les premières générations de moteur IDE n’étant pas contraintes par la norme, les technologies nécessaires à la limitation des particules n’ont généralement pas été intégrées par les constructeurs. Leurs niveaux d’émissions, en fonction des conditions de trajet et du style de conduite, pouvaient largement atteindre 10¹3 particules/km, soit dix fois plus que ceux des moteurs diesel récents !

Il existe aujourd’hui des technologies permettant de réduire ces émissions, notamment le filtre à particules pour moteur essence ou l’optimisation des systèmes d’injection et de la forme des chambres de combustion.

Elles sont déployées de plus en plus largement sur les moteurs IDE de dernières générations, pour respecter les normes récentes. Les émissions de particules sont alors à des niveaux largement en dessous des 6x10¹¹ particules par kilomètre réglementaires.

Émissions liées à l’abrasion des pneus et des freins

L’abrasion des pneumatiques, des freins et de la route génère également des particules fines, quelle que soit la technologie de propulsion du véhicule.

Tous les véhicules sont concernés, y compris le véhicule électrique, même si les émissions liées à l’usure des freins sont réduites par rapport à un véhicule classique grâce à la récupération d’énergie.

Les émissions de particules fines par un véhicule particulier liées aux phénomènes d’abrasion des pneumatiques, des freins et de la route sont de l’ordre de cinq à trente milligrammes par kilomètre parcouru –des niveaux supérieurs aux niveaux d’émissions à l’échappement des véhicules récents, essence comme diesel. (...)

En 2015, l’Observatoire de la qualité de l’air en Île-de-France estimait que 41% des particules fines en suspension émises par le trafic routier francilien provenaient de ces émissions hors échappement. Et, contrairement aux particules à l’échappement diesel, ces émissions de particules liées à l’abrasion n’ont diminué que de 5% sur la période 2000-2012.

Ces niveaux dépendent de nombreux facteurs : caractéristiques du véhicule (masse, pressions de pneumatiques...), profil de la route (sinuosité, pente, dévers), style de conduite (intensité des freinages et accélération, vitesse en courbe), conditions ambiantes (températures, pluie, neige...) ou encore type de revêtement de la route.

Un conducteur averti sait que la durée de vie de ses pneumatiques et plaquettes de freins dépend fortement de son style de conduite –et il en va de même pour les particules fines engendrées par l’usure.

Cette problématique est particulièrement présente dans les pays nordiques. (...)

Une application pour prendre conscience

Lancée en 2016, l’application gratuite pour smartphone Geco air, développée par IFP Énergies nouvelles avec le soutien de l’Ademe, aide les conducteurs à réduire leur empreinte polluante en mesurant leurs émissions de polluants, oxydes d’azote (NOx) et monoxyde de carbone (CO), et de dioxyde de carbone (CO2). L’application intègre désormais un modèle d’émissions de particules spécifique aux véhicules essence IDE.

Geco air évalue également les émissions de particules fines liées à l’abrasion des pneumatiques et des plaquettes de frein. (...)

En fonction du style de conduite (freinages et accélérations brusques, niveau d’anticipation...), les niveaux d’émissions liés à l’usure varieront du simple au double.

Autant de données qui permettent d’établir une vision complète de l’empreinte environnementale des déplacements, en prenant en compte les caractéristiques du véhicule et du style de conduite. (...)