Entre 2015 et 2018, plus d’1,5 million de Français ont basculé dans un désert médical. Une situation sanitaire catastrophique que l’État a choisi d’ignorer.
En août 2020, la commune de Lanouaille inaugurait sa maison de santé pluridisciplinaire. Un évènement pour le millier d’habitants de ce village de Dordogne où la problématique de l’accès aux soins est devenue, en l’espace de quelques années, un sujet de préoccupation majeure. En déplacement dans la région, le ministre de la santé s’est rendu à l’inauguration de l’établissement. A cette occasion, Olivier Véran a affirmé devant un parterre d’élus locaux qu’il fallait « arrêter de parler de déserts médicaux ». Et le neurologue devenu ministre de préciser sa pensée : « Les médecins ne sont pas des déserteurs. C’est juste qu’il y a des territoires qui ont besoin qu’on mette le paquet. »
Des étudiants de l’école de journalisme de Strasbourg (Cuej), avec Disclose, ont analysé des centaines de milliers de données mises en ligne par le ministère de la Santé, l’Assurance maladie et l’Insee. Nos résultats contredisent formellement le ministre Véran. Et pour cause. Selon nos calculs, entre 2015 et 2018, le nombre de déserts médicaux a augmenté de 17,3%. (...)
Trois zones sont particulièrement touchées par cet abandon. La Guyane d’abord, dont l’APL moyen est en dessous de 2,5. Viennent ensuite les départements de l’Indre, du Cher, de la Nièvre et de l’Yonne, où la situation s’est particulièrement dégradée, passant en-dessous de 3.
Plus surprenant : l’Essonne, les Yvelines et la Seine-et-Marne souffrent également d’un manque criant de médecins. Les habitants de ces trois départements de la région parisienne enregistrent moins de trois consultations par an en moyenne. Selon nos résultats, l’Ile-de-France est la deuxième région métropolitaine où l’accès à un médecin généraliste est rendu le plus difficile.
isolement sanitaire
L’accès aux services d’urgence s’est lui aussi détérioré ces dernières années. Entre 2016 et 2019, pas moins de 436 communes ont vu leur temps d’accès aux urgences augmenter au-delà de 30 minutes, là où la majorité des Français met moins de 25 minutes, selon les Agences régionales de santé (ARS).
En cause : la fermeture d’établissements ruraux au profit des structures hospitalières concentrées dans les grandes villes. (...)
l’alarmante disparition des spécialistes
Notre enquête met en lumière un autre phénomène de plus en plus inquiétant : la pénurie de médecins spécialistes dans les communes modestes alors que leur nombre augmente dans les grandes villes, à commencer par Paris. (...)
Ces inégalités territoriales pourraient avoir un impact considérable sur la santé des Français. En premier lieu sur celle des malades du cancer, comme l’indiquent nos calculs : parmi les dix départements les moins bien dotés en spécialistes de la maladie, huit d’entre eux affichent en effet un taux de mortalité lié au cancer supérieur à la moyenne nationale. (...)