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Mediapart
Derrière le « greenwashing » de TotalEnergies, l’expropriation de paysans au Congo
#Total #Congo #greenwashing
Article mis en ligne le 14 décembre 2022
dernière modification le 13 décembre 2022

Au cœur des plateaux Batéké, en République du Congo, Pulchérie Amboula cultive habituellement du manioc sur une parcelle de terre héritée de son défunt père. Mais depuis peu, sa vie a été bouleversée. Au printemps dernier, en essayant d’accéder à ses champs, des gardes de sécurité en pick-up ont suivi son tracteur pour l’empêcher de réaliser ses travaux agricoles.

« Nous ne travaillons plus. Nous n’avons plus de champs, se désole Pulchérie Amboula. J’ai l’impression que ces gens sont venus pour nous tuer sur notre propre terre. »

Les « gens » dont fait mention cette agricultrice sont ceux de TotalEnergies. Depuis novembre 2021, le géant pétrolier français a jeté son dévolu sur cette région de savanes au nord de Brazzaville pour y planter des millions d’acacias sur 40 000 hectares – quatre fois la superficie de Paris.

Selon TotalEnergies, ce mégaprojet « vert » aidera les communautés locales et séquestrera sur 20 ans plus de 10 millions de tonnes de CO2.

La compagnie émet chaque année autant de gaz à effet de serre que l’ensemble des Français·es. Mais Patrick Pouyanné, patron de TotalEnergies, le promet : face au défi du changement climatique, la multinationale sera neutre en carbone d’ici à 2050.

Pour continuer à produire du pétrole et à engranger des profits mirifiques – l’entreprise a annoncé un bénéfice record de 14 milliards d’euros pour 2021 –, TotalEnergies a trouvé la parade : la compensation carbone. Le principe consiste à établir des plantations d’arbres en monoculture qui absorbent le carbone dans l’atmosphère. Ce CO2 est ensuite déduit du bilan carbone du groupe.

Toutefois, le projet de TotalEnergies sur les plateaux Batéké ne représente qu’une goutte d’eau dans l’océan de carbone rejeté par la firme. À terme, et en se fondant sur les chiffres annoncés par le pétrolier lui-même, cette forêt artificielle n’absorbera en totalité que 2 % de ce qu’émet TotalEnergies en une seule année. Une vaste opération de greenwashing ou écoblanchiment, en somme.

Mediapart a pu consulter des documents internes au gouvernement de la République du Congo qui démontrent que l’opérateur de ce projet pour TotalEnergies, avec l’aide de l’État congolais, a exproprié de leurs terres ancestrales une dizaine de familles de propriétaires fonciers. 

Les champs de ces dernières seraient cultivés par plus de 400 personnes, ce qui permet d’évaluer l’impact de cette opération sur la sécurité alimentaire de la région. (...)