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De plus en plus de vieux, l’autre défi démographique
enquête « Trop d’humains sur Terre ? Le défi du siècle »
Article mis en ligne le 1er juillet 2022

Avec l’espérance de vie grandissante, le nombre de personnes âgées augmente. Face à une Terre toujours plus peuplée, les défis du vieillissement sont nombreux. Faut-il mourir à temps ? Mieux intégrer les personnes âgées ? Enquête [2/4]

D’après l’association britannique Aging in Place, Japon, Italie et Finlande composent le tiercé de tête des populations les plus âgées avec respectivement près de 29 %, 23 % et 22,5 % de plus de 65 ans parmi leurs habitants. La part des 80 ans ou plus devrait tripler, passant de 143 millions en 2019 à 426 millions. En Chine, 35 % de la population aura plus de 60 ans en 2050. Si rien ne change, dès 2045 l’État pourrait ravir au Japon son rang de pays le plus âgé de la planète. (...)

Plus on est vieux, plus on consomme

L’enjeu est grand, puisqu’une personne âgée a un poids écologique supérieur à un jeune. Si l’on réduit l’individu à son bilan carbone, le règne du boomer semble total (...)

Cette part élevée des seniors s’explique, selon l’étude, par les habitudes de consommation et de dépenses de cette génération qui a connu le plein emploi et l’essor de la consommation de masse. (...)

Que cette génération se situe au sommet de l’échelle des émissions n’est guère étonnant : dans les pays occidentaux, elle dispose notamment d’un pouvoir d’achat lié à une retraite assurée. (...)

Ici, le choix sociétal est déterminant. Au Japon, où les seniors sont responsables de la moitié des émissions, des communautés de logements doublés de systèmes de transport performants limitent déjà leur contribution carbone. D’une manière générale, le bilan carbone des nouveau-nés est plus étudié que celui des personnes âgées, des séniles ou encore des malades, pris en charge dans des établissements de soins. (...)

Le défi n’est pas que numéraire. Le vieillissement implique des développements technologiques pour des populations ayant les moyens de se les offrir. Les besoins en connectivité, en réalité virtuelle, en mobilité, etc. s’accroissent, de même que les conséquences environnementales de la prise en charge. (...)

Au-delà de son poids carbone, le vieillissement illustre une société prise en étau : la part de la population active baisse, alors que les besoins de prise en charge s’accroissent. Ce qu’on appelle le ratio de soutien potentiel [2] diminue inexorablement. (...)

Il va continuer à chuter d’ici à 2050, chamboulant le marché du travail, la performance économique ainsi que les pressions fiscales auxquelles de nombreux pays seront confrontés dans les décennies à venir. Retraite, protection sociale, financement des soins, inclusion sociale du grand âge, personnel soignant... les défis sont nombreux.

L’apport limité de l’immigration

La démographie n’échappe pas non plus au cadre de pensée « croissantiste ». Après tout, l’équilibre économique de nos retraites ou de nos comptes publics ne trouve de solution que si l’on maintient la population. Pour lutter contre son vieillissement et alléger son bilan carbone, l’immigration pourrait avoir un rôle à jouer. (...)

Une politique d’accueil des réfugiés pourrait ainsi contribuer à maintenir la population active en Europe et compenser les pertes causées par un excès de décès. (...)

Mais dans leur immense majorité, les populations du Sud veulent continuer à vivre où elles sont nées, confirment différentes études. Même dans les situations de crise — guerre civile, sécheresse ou inondations —, les habitants émigrent à proximité ou dans un pays voisin, puis reviennent chez eux dès qu’ils le peuvent. Ils souhaitent vivre mieux, en paix, chez eux, comme le reste de l’humanité. (...)

la Chine a largement profité du fameux dividende démographique : une forte population en âge de travailler et la baisse du ratio des personnes dépendantes, qu’elles soient jeunes ou âgées. Il s’en est suivi une croissance économique folle, dopée par un réservoir de main-d’œuvre sans équivalent.

Sauf que l’une des conséquences délétères du contrôle des naissances a été le vieillissement de la population. Le pays a beau avoir rouvert les vannes de la natalité, il ne pourra pas vraiment soutenir le programme de retraites. Le pays va « rétrécir » à partir de 2029, date attendue de son pic démographique, calculé aux alentours de 1,44 milliard d’habitants. La Chine cumule donc de sacrés défis : elle lâche le contrôle des naissances au moment où sa population vieillit trop, et trop vite, et au moment où l’essor des classes moyennes alourdit son bilan carbone. (...)

Le Japon, lui, semble avoir trouvé une alternative. Ancienne directrice d’hôpital et salariée du groupe Korian, Marie-Anne Fourrier a vécu trois ans au Japon et séjourné plusieurs fois en Chine, où elle a décortiqué le système de prise en charge des personnes âgées. Si elle est plutôt inquiète concernant l’ampleur de la tâche en Chine, elle ne tarit pas d’éloges concernant l’inclusion sociétale du grand âge au sein de la société japonaise. Là-bas, les choses ont été largement anticipées dans les années 1980 pour absorber la vague argentée. À l’époque, la part des grabataires chez les plus de 65 ans augmentait et les capacités d’accueil étaient largement insuffisantes (162 000 lits pour 24 millions de personnes). L’ensemble faisait déraper les dépenses publiques.

« Dès 1990, la politique volontariste de l’État japonais s’est inspirée de toutes les expériences internationales existantes, empruntant à chacune son point fort : elle a retenu le modèle de financement du système allemand, les care management [4]du modèle anglo-saxon et développé les modes variés de prise en charge, notamment en matière d’aide au maintien à domicile, des pays scandinaves », détaille-t-elle dans une note parue en 2006. Une taxe sur la consommation de 3 % puis 5 % a été créée pour financer l’ensemble, puis un système d’assurance spécifique, le Kaigo hoken (Support de longue vie), a été ajouté.

« Sans le renouvellement des générations, ils ont su faire du vieillissement une opportunité : en gardant les personnes âgées au sein de la société active, c’est-à-dire au travail, dans les quartiers, à côté des écoles, dans les gymnases ou encore dans les parcs. » Certes le système coûte cher, mais les personnes âgées ne sont pas délaissées comme dans certaines sociétés occidentales. Un exemple à suivre ?