
De nombreuses jeunes femmes empruntent les routes de l’exil. Parmi elles, certaines deviennent mères durant leur trajet. Elles ont raconté à InfoMigrants leur expérience, entre tristesse de l’éloignement de leur famille et espoir d’élever leurs enfants en France. Hadil a fui la Syrie avec son mari. Aujourd’hui réfugiée en France, elle n’a pas 20 ans et est déjà mère de deux petites filles.
La petite Berevan est née en juillet 2016 alors que ses parents étaient en France depuis moins d’un an. Tous deux kurdes de Syrie, Hadil et Adel se sont mariés avant d’arriver en France, dans le camp de réfugiés de Domiz, à Dohuk, dans le nord de l’Irak. Leurs deux familles s’y étaient installées après avoir fui la guerre en Syrie. Hadil et Adel ont raconté l’histoire de leur exil et leur arrivée en France dans un livre publié en 2018 et intitulé "Nous voulons juste vivre" (Flammarion).
Quand Hadil tombe enceinte, elle a 16 ans et est scolarisée au collège de Juvisy-sur-Orge (Essonne). Elle et Adel sont hébergés par un couple de Français qui habite dans la même ville. "Je me rends compte aujourd’hui que j’étais une enfant qui allait avoir un enfant", confie Hadil esquissant un sourire malicieux qui ne quitte jamais son visage. (...)
Grâce aux réseaux sociaux, Hadil est en contact très régulièrement avec sa mère à qui elle envoie de nombreuses photos de ses enfants. Sur les images qu’elle fait défiler sur son téléphone, les visages de ses filles sont entourés d’émoticônes cœur et smileys hilares.
L’éloignement est un déchirement pour la famille, alors Hadil n’a pas osé dire à sa mère que, pour son deuxième accouchement, elle a dû aller seule à l’hôpital. Adel devait garder leur aînée à la maison. "Cela l’aurait vraiment rendue triste, elle en aurait pleuré de savoir que j’avais vécu ça toute seule. Mais tout s’est très bien passé à l’hôpital, une sage-femme est restée tout le temps avec moi", assure-t-elle.
Malgré la tristesse de l’exil, Hadil se dit "soulagée" que ses filles soient nées en France. Si elle affirme élever ses enfants de la même manière que si elle vivait en Syrie, elle sait que le fait de pouvoir aller à l’école fera la différence entre l’éducation qu’elle a reçue et celle qu’elle donnera à ses filles (...)
Discriminés, certains Kurdes de Syrie, les Maktoums, n’ont pas d’existence légale à l’état civil, ils n’ont donc ni le droit d’étudier, ni d’exercer un emploi dans le secteur public. À cause de cela, ni Hadil, ni Adel n’ont pu faire une scolarité complète. Pourtant la jeune femme avait de grands projets professionnels. "J’aimerais un jour devenir ingénieure, construire toutes sortes de bâtiments. Je sais que très peu de femmes exercent ce métier, et puis je suis une Maktoum, ce n’est qu’un rêve pour moi", raconte-t-elle dans leur livre.
Hadil n’exprime désormais qu’un souhait : que les envies de ses filles deviennent, elles, réalité. (...)
