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Dans le Finistère, un été fatal pour la faune des rivières
Article mis en ligne le 24 septembre 2022

Après un été torride et sec, les cours d’eau bretons n’ont pas fière allure. Dans le Finistère, anguilles et saumons sont morts en masse dans des rivières historiquement basses, au désespoir des garde-pêches locaux.

La chaleur du mois d’août a été meurtrière pour la rivière et ses poissons : « On a retrouvé plus de 200 anguilles mortes et une quinzaine de saumons ces dernières semaines… C’est un gros coup dur pour nous », dit Xavier Nicolas, l’air dépité, en contemplant un jeune goéland dévorer les restes d’un saumon long de 40 centimètres. (...)

La plupart des cadavres de poissons ont été retrouvés sur les tronçons urbanisés de l’Isole et de l’Ellé, près du centre-ville de Quimperlé. « Les anguilles, qui sont pourtant des poissons de fond, remontaient à la surface avec les ouïes gonflées, elles se tordaient dans tous les sens et changeaient de couleurs : d’ordinaire, l’anguille est un poisson gris ou doré, mais là, elles viraient carrément au rouge ou bleu ! » raconte le pêcheur, visiblement bouleversé. Quelques anguilles ont été prélevées pour faire des analyses, mais les résultats se font toujours attendre. (...)

« Le niveau de la rivière a baissé, l’eau a stagné, donc sa température a augmenté. En plus de ça, on a eu des grandes marées cet été. L’eau salée est brutalement remontée dans la rivière, ce qui a encore augmenté la température de l’eau. On a fait des relevés de température à 24 degrés en août ! Les saumons et les anguilles ne supportent pas de telles températures. Ils meurent aux alentours de 20 degrés. »

Le Quimperlois ajoute avoir remarqué que la chaleur a fait proliférer les algues vertes dans la rivière. Ce qui peut aussi expliquer un manque d’oxygène dans l’eau, qui aurait entraîné l’asphyxie des poissons. (...)

« Tout ça a commencé au moment du remembrement, dans les années 70, dénonce le vieux garde-pêche, en roulant fortement les R. À l’époque, mon père était exploitant agricole, et déjà, il m’avait prévenu : “Tu verras, on le paiera un jour, tout ce qu’on a fait à la nature.” Il avait raison. » (...)

Les plantes portent elles aussi les stigmates du manque d’eau : les bouquets d’osmonde royale tirent déjà sur le marron, précocement fanées, les hautes tiges de valérianes se terminent en fleurs séchées, et les fières ombellifères sont toutes ratatinées. « Avant, la végétation était beaucoup plus fournie au bord de l’eau… » regrette le pêcheur en caressant de larges feuilles de fougères abîmées par la sécheresse. (...)