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Jean-Marie Harribey, pour Alternatives Economiques
Crise, désindustrialisation et protectionnisme : deux livres à débattre
Article mis en ligne le 28 mars 2012
dernière modification le 25 mars 2012

Près de quatre décennies de financiarisation, de mondialisation, de dérégulations et de suraccumulation de capital ont plongé le monde dans une crise monumentale, aggravant le chômage et les inégalités déjà fortement installés. Le monde entier est touché et beaucoup de pays riches, dont la France, doivent faire face à un phénomène de désindustrialisation au moment où plusieurs grands pays émergents deviennent des exportateurs nets de produits industriels. Il n’est donc pas étonnant que des voix s’élèvent en faveur d’un retour à un « made in France ». Comment y parvenir ? Deux livres récents essaient de répondre.

Trois journalistes, Franck Dedieu, Benjamin Masse-Stamberger et Adrien de Tricornot publient Inévitable protectionnisme (Gallimard, 2012)[1], dans lequel ils proposent d’instaurer un protectionnisme pour taxer les produits dont la fabrication ne respecterait pas des normes sociales ou environnementales, et favoriser ainsi le renouveau d’un tissu industriel peu à peu détruit (...)

Le livre de Gabriel Colletis, L’urgence industrielle ! (Le Bord de l’eau, 2011), est d’une autre facture. Le point de départ est à peu près le même : la France se désindustrialise. Mais ce qui est intéressant ici, c’est l’argumentation pour montrer que l’industrie reste la base de tout développement économique. Exit donc les thèses d’une économie qui pourrait être fondée uniquement sur les services : eux-mêmes nécessitent une base matérielle en amont ainsi que pour leur propre production, et il est impossible d’asseoir l’équilibre du commerce extérieur si la majeure partie des biens industriels est importée. (...)

Colletis plaide donc pour redécouvrir l’industrie et critique vertement, si l’on peut dire, l’abandon de véritables politiques industrielles après l’ère des aides à l’aéronautique ou aux télécommunications, dans un temps où l’on pratiquait la planification à la française. Selon lui, le déclin de l’industrie française doit beaucoup à la faiblesse de la croissance économique depuis plusieurs décennies. (...)

Tous les grands secteurs industriels sont aujourd’hui en situation de surproduction et sont confrontés à la raréfaction programmée des matières premières, d’où l’imbrication de la crise du capitalisme et de celle du productivisme. D’ailleurs, Colletis en est conscient puisqu’il souligne l’impact néfaste de la financiarisation sur les choix stratégiques des grands groupes. Mais la division internationale du travail qui découle de ces choix et qui modifie l’importance relative des industries entre pays développés et pays émergents est une conséquence du virage néolibéral pris au cours des décennies 1970-1980 pour remédier à la crise de rentabilité du capital précédente. Un virage néolibéral qui s’est révélé à long terme être une impasse dont la crise actuelle est le signe. Ce n’est pas le déclin industriel qui mène à la crise en France, en Europe, aux Etats-Unis et ailleurs, c’est l’accumulation du capital, avec son exacerbation financière, qui y mène, avec un volet industriel plus marqué pour certains pays que pour d’autres.
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