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Mediapart
Covid : une forte vague de contaminations arrive par l’est de l’Europe
Article mis en ligne le 24 novembre 2021

La France est entrée dans la cinquième vague de contaminations, à la suite de ses voisins européens. Les pays les mieux vaccinés sont débordés par le variant Delta, deux fois plus contagieux. L’efficacité indéniable du vaccin ne suffit pas.

En Europe, la cinquième vague déferle d’est en ouest : Bulgarie, Roumanie, Autriche, Allemagne, Danemark, Pays-Bas. Ces pays font face à un nombre sans précédent de contaminations depuis le début de l’épidémie. « C’est une vague très puissante », prévient l’épidémiologiste Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale à Genève.

Depuis le début de la pandémie, 1,5 million d’Européens sont morts du Covid. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré, mardi 23 novembre, craindre 700 000 décès supplémentaires dans l’hiver.

Cette fois, la France a une carte à jouer, puisqu’elle dispose d’un peu d’avance pour se préparer, pour atténuer la vague en évitant de nouvelles restrictions de liberté. (...)

L’Autriche s’est reconfinée : ses commerces et restaurants sont fermés, mais les écoles restent ouvertes. Très attachés à la liberté vaccinale, les Autrichiens n’ont pas adopté le passe sanitaire, mais se voient désormais contraints d’en passer par l’obligation vaccinale : en février, les non-vaccinés devraient être punis d’une amende de 3 600 euros.

L’Allemagne a commencé à transférer des malades entre Länder, jusqu’en Italie, encore préservée. Angela Merkel a prévenu que les mesures de freinage n’étaient « plus suffisantes ». Le ministre de la santé, Jens Spahn, a ainsi alerté la population sur l’ampleur et la dynamique de la vague : « Vraisemblablement à la fin de l’hiver, comme on le dit parfois avec cynisme, chacun ou presque sera vacciné, guéri ou mort », met en garde l’épidémiologiste Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles.

Dans ces deux pays, la vaccination est 5 à 10 % inférieure à celle de la France. Ce qui a conduit la France à « trop penser être dans une situation privilégiée grâce à la vaccination, analyse Mahmoud Zureik. En réalité, il y a un simple décalage de trois à quatre semaines dans la vague épidémique, comme lors des vagues précédentes ».

Les Pays-Bas en apportent la preuve : aussi bien vaccinés que la France, ils sont confrontés à une vague de cas sans précédent, et voient dangereusement augmenter les hospitalisations et les réanimations. Ils ont réimposé un couvre-feu partiel, en fermant les bars et les restaurants à 20 heures. La Belgique, frappée en suivant, réimpose le masque dans les lieux publics, ainsi que le télétravail quatre jours par semaine.

Ces nouvelles mesures de restrictions rencontrent des résistances. En Autriche, 40 000 personnes ont manifesté samedi dernier. La Belgique et les Pays-Bas ont été secoués par de violentes manifestations.

Le débat sur l’imposition de nouvelles mesures contraignantes aux seuls non-vaccinés, ouvert par l’Autriche, a fait long feu : l’ampleur de la vague contraint ces pays à réduire toutes les interactions sociales. (...)

L’efficacité de la vaccination est-elle remise en question ? Antoine Flahault est catégorique : « Les vaccins contribuent énormément. Sans eux, on serait face à une hécatombe. » « Un carnage », renchérit Mahmoud Zureik. (...)

« Il est deux à trois fois plus contaminant, explique Mahmoud Zureik. Une personne positive contamine six à huit personnes. Sa capacité de transmission est hors du commun, on est nombreux à le constater autour de nous. La vie hivernale, à huis clos, lui offre des conditions idéales. »

« Face au variant Delta, tout le monde sera immunisé, d’une manière ou d’une autre. Il sera très difficile de lui échapper », prévient Judith Mueller, épidémiologiste à l’École des hautes études en santé publique et à l’Institut Pasteur.

Le vaccin reste le moyen le plus sûr de s’immuniser. « Mais il faut bien distinguer l’efficacité des vaccins contre l’infection et contre les formes graves et les décès, précise Judith Mueller. Contre l’infection, on estime que le vaccin protège aux alentours de 50 %. Contre les décès, leur efficacité est de 90 %, contre les hospitalisations, elle est de 85 % et ne paraît pas baisser dans le temps. Le problème, ce sont les 15 % de personnes vaccinées qui ne sont pas protégées contre une forme grave, auxquelles s’ajoutent les non-vaccinés. »

La direction des études et des statistiques du ministère de la santé, la Drees, communique régulièrement les proportions des hospitalisations parmi la population vaccinée et non vaccinée. Les chiffres sont implacables (...)

Les différentes instances qui conseillent le gouvernement sont toutes d’accord : il faut accélérer sur la troisième dose. (...)

En France, les personnes immunodéprimées ont été vaccinées à trois doses dès le printemps. Il n’y a pas eu d’alerte particulière sur un éventuel surrisque d’effets indésirables. Les plus de 65 ans, les personnes malades et les personnels de santé sont à leur tour invités à recevoir cette dose de rappel, six mois après leur deuxième dose. 30 % ont d’ores et déjà reçu leur rappel. (...)

Restent les mesures barrières, qui sont un frein efficace au virus lorsqu’elles sont appliquées. Santé publique France suit, avec son enquête Coviprev, leur adoption par les Français. Début novembre, 40 % aéraient leur logement au moins deux fois par jour pendant 10 à 15 minutes, 53 % évitaient de serrer des mains et les embrassades, 66 % portaient systématiquement un masque en public.

« L’Organisation mondiale de la santé a donné sa feuille de route à l’Europe dans les prochains mois. Elle tient en cinq points : vacciner tout le monde, administrer une troisième dose, porter des masques en intérieur, ventiler, et utiliser les nouveaux traitements, égrène Antoine Flahault. Il est urgent que les autorités de santé se positionnent sur le coût-bénéfice des nouveaux antiviraux et des anticorps monoclonaux, qui sont très chers, mais peuvent éviter un confinement et des hospitalisations. Je précise que je n’ai pas de conflit d’intérêts avec les fabricants. En France, l’aération est un énorme trou dans la raquette. Pour la tuberculose, qui se transmet aussi par des gouttelettes qui restent en suspension dans l’air, il est prouvé qu’abaisser le taux de CO2 dans l’air est très efficace. Il faudrait contraindre les entreprises, les écoles, les commerces à contrôler leur ventilation. »

Pour Mahmoud Zureik, les mesures barrières doivent être renforcées sans attendre (...)

Sur ce dernier point, le cas de Jean Castex, premier politique vacciné et contaminé, aurait pu être exemplaire. Son gouvernement a pourtant lui aussi oublié les gestes barrière.

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Le gouvernement a oublié les gestes barrières

Malgré la reprise de l’épidémie et dans un contexte de relâchement général, le Congrès des maires de France a donné lieu, la semaine dernière, à l’organisation de festivités, sans masque, dans plusieurs ministères. Le premier ministre est confiné depuis lundi, positif au Covid.

Aussitôt le cas positif de Jean Castex officialisé, lundi en fin de journée, les images ont ressurgi sur les réseaux sociaux. Filmées par le correspondant à Paris de La Voix du Nord, on y voit le premier ministre tout sourire, sans masque, à l’occasion de la réception d’élus des Hauts-de-France, mardi 16 novembre, au ministère de l’intérieur, en marge du Congrès des maires de France. Gérald Darmanin et le ministre des PME, Alain Griset, tous deux originaires du Nord, sont aux côtés du chef du gouvernement. On se serre les paluches, blague et rigole à quelques centimètres du visage de l’autre, comme au bon vieux temps d’avant le Covid.

« Oui, oui, c’est vrai, (...), le masque est resté dans les poches. Mais passe sanitaire exigé à l’entrée. Bon, après, chacun se fera sa religion sur le sujet… », glisse en commentaire le journaliste ayant filmé la scène.

Justement, la « religion » du gouvernement est difficile à cerner. Publiquement, les autorités ne manquent pas une occasion de rappeler l’importance de respecter les gestes de base pour limiter la transmission du virus face au risque de rebond de l’épidémie : le port du masque (dont le gouvernement a fini par admettre l’efficacité sitôt les stocks reconstitués), le lavage régulier des mains, le maintien des distances, etc. (...)

Mais comment rendre ce discours efficient, quand des gouvernants font tout l’inverse ? Et comment rendre acceptables, ensuite, de nouvelles mesures coercitives ? (...)

Sur les images tournées pendant cette réception, des dizaines d’élus ultramarins discutent gaiement, un verre à la main, autour de tables couvertes de bouteilles de rhum. Sans masque, et alors même que la situation sociale et sanitaire est explosive dans plusieurs territoires d’outre-mer. (...)

Il faut dire que le ministre des outre-mer s’était déjà illustré le 16 octobre dernier en participant à Nouméa, alors que la Nouvelle-Calédonie était soumise à un confinement strict, à un « apéro » organisé par un élu local. Trois jours plus tôt, il avait appelé « tous les Calédoniens à respecter le confinement ». « En respectant strictement les règles, vous sauvez des vies. En les contournant, vous aggravez l’épidémie qui a déjà fait trop de victimes », avait-il mis en garde.

L’information, révélée par Mediapart, n’avait pas ému grand monde au sein du gouvernement. En avril dernier, après la diffusion par M6 d’un reportage en caméra cachée montrant des repas secrets à Paris, l’entourage du premier ministre Jean-Castex avait prévenu, rappelant le « devoir d’exemplarité absolue » des membres du gouvernement, que « s’il s’avérait qu’un ministre s’était rendu dans ce type de soirée, ce serait la démission direct. » (...)

Au sein du gouvernement, cela fait plusieurs semaines que, malgré le risque d’une nouvelle vague de contamination, le flou reste total sur les conduites à tenir, au-delà même de la question du simple respect des gestes barrières. Les ministres doivent-ils garder leurs masques en conférence de presse ? Et lorsqu’ils sont invités sur les plateaux de télévision ? Doivent-ils limiter les réceptions ? Face à ces questions basiques, aucune règle commune n’a été franchement fixée, laissant chaque ministère s’organiser selon sa propre appréciation de la situation. Invités à commenter cette apparente désorganisation, les services du premier ministre n’ont pas répondu à nos sollicitations. (...)

Période d’incubation ou pas, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin a choisi de se rendre, malgré la contamination de Jean Castex la veille, à la matinale de France Inter mardi matin.