Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
CADTM
Corée du Sud : le miracle démasqué
Article mis en ligne le 23 novembre 2014
dernière modification le 18 novembre 2014

La prétendue réussite de la Corée du Sud a été obtenue grâce à une politique opposée au modèle proposé par la Banque mondiale. Loin d’une accumulation vertueuse reposant sur les bienfaits du marché libre, le développement économique de la Corée du Sud a été permis par « une accumulation primitive brutale reposant sur les méthodes les plus coercitives pour fabriquer la ‘‘vertu’’ par la force » (J-P. Peemans). La Corée a atteint les résultats que l’on connaît sous le joug d’un régime dictatorial et particulièrement répressif protégé par les États-Unis dans le contexte de la lutte contre les régimes dits socialistes. La Corée a adopté un modèle productiviste particulièrement peu respectueux de l’environnement. La voie coréenne n’est ni recommandable ni reproductible. Mais elle mérite d’être étudiée.

Selon la Banque mondiale, la Corée du Sud constitue une indéniable réussite.
Si l’on s’en remet à la version de la Banque, les autorités du pays auraient recouru aux emprunts extérieurs de manière efficace, auraient attiré les investissements étrangers et les auraient utilisés pour mettre en place un modèle de développement réussi, basé sur la substitution des exportations. Le modèle d’industrialisation par substitution des exportations constitue l’alternative de la Banque mondiale (et d’autres) au modèle d’industrialisation par substitution d’importations (qui implique de fabriquer sur place les produits auparavant importés). La Corée, plutôt que de produire ce qu’elle importait, aurait adapté ses activités exportatrices à la demande du marché mondial tout en réussissant à favoriser les industries qui fournissent un pourcentage élevé de valeur ajoutée. Elle aurait remplacé des exportations de produits à peine transformés (ou des matières premières) par des marchandises dont la fabrication aurait requis une technologie avancée. Selon la Banque, l’État coréen serait intervenu de manière modeste pour soutenir l’initiative privée et garantir le libre jeu des forces du marché. En réalité, la voie coréenne à l’industrialisation et à la croissance soutenue contredit très largement la version de la Banque.

Je précise d’emblée que je ne considère pas du tout la Corée comme un modèle à suivre, et ce pour des raisons éthiques, économiques et sociales. La Corée a atteint les résultats que l’on connaît sous le joug d’un régime dictatorial et particulièrement répressif protégé par les États-Unis dans le contexte de la lutte contre les régimes dits socialistes. La Corée a adopté un modèle productiviste particulièrement peu respectueux de l’environnement. La voie coréenne n’est ni recommandable ni reproductible. Mais elle mérite d’être étudiée.

La prétendue réussite coréenne a été obtenue grâce à plusieurs facteurs. Les principaux sont une très forte intervention de l’État (celui-ci a dirigé le processus d’une main de fer), un soutien financier (sous la forme de dons) et technique très important des États-Unis, la réalisation dès le départ d’une réforme agraire radicale, l’application d’un modèle d’industrialisation par substitution d’importation pendant 25 ans se muant progressivement en substitution d’exportation (le second n’aurait pas été possible sans le premier), l’utilisation permanente de la répression à l’égard du mouvement ouvrier (interdiction de syndicats indépendants), la surexploitation des paysans et des ouvriers, le contrôle de l’État sur le secteur bancaire, l’application d’une planification autoritaire, un contrôle strict sur les changes et sur les mouvements de capitaux, la fixation des prix par l’État pour une large gamme de produits, la bienveillance des États-Unis qui ont toléré de la part de la Corée ce qu’ils refusaient à d’autres pays. L’État coréen a aussi réalisé un important effort en terme d’éducation, ce qui a permis de fournir aux entreprises une main d’œuvre très qualifiée.

Ajoutons que la pauvreté en ressources naturelles a paradoxalement favorisé le développement de la Corée du Sud car le pays a évité la convoitise des transnationales et celle des États-Unis. (...)