Quatre ans après la loi française de séparation bancaire, les deux filiales mises en place par BNP Paribas et la Société générale pour abriter leur trading en compte propre se portent bien, du moins d’après les maigres informations disponibles. Les faiblesses de la loi française semblent avoir permis aux deux banques de poursuivre ces activités spéculatives en toute liberté, alors que leurs homologues européennes ou américaines en étaient empêchées par des règles plus strictes.
C’était il y a quatre ans : la loi française de « séparation bancaire » obligeait les grandes banques hexagonales à créer des filiales séparées pour abriter leurs activités les plus spéculatives. L’objectif était de s’assurer que les risques financiers pris par les banques ne seraient plus supportés ou garantis en dernière instance par les clients de leurs activités de banque de détail, ni par les contribuables, comme cela avait été le cas suite à la crise financière globale déclenchée. Très critiquée pour sa timidité et ses lacunes, cette loi s’inscrivait ainsi dans la vague de nouvelles législations et régulations mises en place pour encadrer les pratiques du secteur financier à partir de 2008.
L’International Financing Review (IFR), l’un des principaux médias du secteur financier international, se penche aujourd’hui sur les deux filiales créées par BNP Paribas et la Société générale pour abriter et isoler leurs activités de trading pour compte propre. (...)
La source de ces informations sont les comptes que ces filiales sont obligées de publier à Londres, en raison de leur implantation dans la capitale britannique. Les derniers disponibles sont ceux de 2015. Le journaliste de l’IFR souligne à quel point « les deux banques sont réticentes à parler de ces filiales », de sorte que l’« on sait peu de chose de ces entreprises ».
Opera et Descartes Trading semblent principalement dédiées à la spéculation sur les variations de taux de change, à des des opérations d’« arbitrage » consistant à tirer profit d’écarts temporaires de prix ou de cours pour certaines valeurs, ou encore à des « stratégies de volatilité quantitatives », comme indiqué dans les comptes de la seconde. (...)
Une promesse vidée de sa substance
Le fait que seules BNP Paribas et la Société générale - et aucune des autres banques potentiellement concernées comme le Crédit agricole ou Natixis - aient eu à créer une filiale spécifique pour abriter leurs activités spéculatives pour compte propre est une parfaite illustration des lacunes de la loi adoptée par la France en juillet 2013. Le candidat François Hollande avait promis - notamment à l’occasion de son discours du Bourget - une grande loi de séparation des activités de banque de détail et des opérations spéculatives. Mais cette ambition avait rapidement été revue à la baisse, sous la pression du lobby bancaire, qui a réussi à faire confier l’élaboration de la loi à un petit comité au sein de Bercy accordant une large place à des personnalités proches de BNP Paribas, sous la présidence de Ramon Fernandez, directeur du Trésor hérité de l’ère Sarkozy (aujourd’hui chez Orange). La montagne a finalement accouché d’une souris.
Autre faiblesse structurelle de cette législation : sous le terme très vague de « tenue de marché », elle autorise de fait les banques à poursuivre directement certaines opérations spéculatives, sans avoir à les isoler dans une filiale.
Avec ces lacunes, la loi française aura donc d’une certaine manière permis à BNP Paribas et Société générale de poursuivre tranquillement certaines activités de spéculation pour compte propre, alors que leurs concurrentes européennes étaient soumises à des règles plus strictes. (...)