Le rapport du GIEC est sorti le 9 août et ENFIN, les médias et politiques ont été à la hauteur de l’évènement ! Ils ont pris la mesure de la gravité de la situation ! Les médias ne parlent que de ça depuis une semaine, les politiques ont pris des mesures fortes et ont arrêté les faux discours ! Ce réveil écologique est sans précédent… quel élan, quel espoir !
… Et puis c’est là que je me suis réveillé.
La couverture médiatique de la sortie du GIEC a été à la fois trop courte, pas assez précise, et a surtout disparu après 24H. Rare, très (trop) rares sont les médias qui ont été à la hauteur de l’évènement. Et que dire de la réaction des politiques ! Absolument minables. Pas un seul gouvernement n’a répondu d’une façon adéquate, se cantonnant tous à des discours de façade, quand ils n’étaient pas climatosceptiques.
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Un festival de désinformation a également eu lieu. Les climatosceptiques et les climatorassuristes s’en sont donnés à coeur joie. Revenons sur cette semaine médiatique ensemble, en analysant les éléments de langage récurrents que nous risquons d’entendre encore longtemps.
NB : avant de lire la suite, il est indispensable de savoir comment fonctionne le GIEC, et quel fut le contenu du rapport du groupe 1 sorti ce 9 août 2021.
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Premièrement, c’est un travail formidable (synthèse de 14000 articles scientifiques !) et cela servira de référence dans les années à venir (de mon côté, notamment pour les articles avec le CNRS sur les idées reçues sur le climat). Deuxièmement, j’étais impatient de voir le traitement médiatique qui était réservé à la sortie de ce rapport.
Un timing difficile, disent certains. Le même jour que la mise en place du pass sanitaire, et le terrible meurtre d’un prêtre. De l’actualité instantanée, qui bien sûr, passe en priorité, comme c’est bien trop souvent le cas. “Imaginez” un instant que Lionel Messi soit sur le point d’arriver à Paris, et vous avez le cocktail pour mettre le changement climatique au second plan. L’oublier. Malheureusement, lui n’oublie et n’oubliera personne.
Avant de rentrer en détails dans les chiffres, effaçons très vite une idée de la sphère complotiste : le timing. Comme par hasard, le rapport du GIEC est sorti le 9 août. Comme par hasard, pile le jour du pass sanitaire, de l’arrivée de Lionel Messi, et l’assassinat d’un prêtre. Rappel : ces dates sont fixées par le bureau du GIEC et l’OMM. La date initiale était prévue en avril et a été repoussée de quelques mois, à cause de la Covid. De plus, plus tôt nous avons ce rapport entre les mains, mieux c’est, à la fois pour les négociations climatiques avant la COP26 en novembre, et pour nous en tant que citoyens, pour s’informer, et agir.
Des chiffres et des lettres
Ce qui est écrit dans ce rapport a une importance sans égal, tant sur le plan scientifique, politique, géopolitique qu’économique. Chaque phrase validée dans le résumé pour les décideurs (SPM) peut potentiellement avoir un impact de plusieurs milliards pour plusieurs pays
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Pourtant, le climat a eu moins de temps d’antenne que le transfert de Messi au PSG. Grâce à deux journalistes d’Arrêt sur Images, qui ont passé en revue 36h de BFM et CNEWS (merci, et bon rétablissement ?), nous apprenons que sur BFMTV, première chaîne d’information de France, le rapport du Giec et l’affolement climatique en cours obtiennent moins d’une heure d’antenne. Même chose sur CNEWS, moins d’une heure.
NB : notons tout de même que le Monde, Libération et la Croix ont bien mis en avant le sujet. Pas vraiment le cas des autres journaux, à l’instar du Figaro, qui a préféré mettre en avant un climatosceptique (nous y reviendrons).
Pour illustrer ce manque d’intérêt, je suis allé voir sur Google Trends. Quand nous disons que l’intérêt aura duré 24h, c’est bien 24h :
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C’est la même chose aux Etats-Unis, où visiblement, la baisse d’intérêt des médias télévisés pour le GIEC a réalisé l’exploit de faire ce que devraient faire nos émissions de GES… (...)
Si nous dépassons la limite d’un réchauffement mondial de +1.5°C, c’est bel et bien à cause d’une certaine population vivant bien au-dessus des limites planétaires, y compris les Français !
La redirection de la responsabilité est l’un des discours de l’inaction climatique : on noie le poisson, tout le monde est responsable, donc personne n’est responsable. Cette redirection est d’ailleurs un grand classique des lobbies pétroliers, comme Total, qui demande dans sa dernière campagne de pub ‘d’effacer vos emails pour faire votre part‘. Oui, les petits gestes sont importants, et non, ils ne suffiront pas face aux milliards engendrés par les pétroliers et gaziers qui réchauffent la planète.
(...) Le gouvernement français, des paroles et des (non) actes
Le jour de la sortie du rapport du GIEC, la communication des membres du gouvernement français a été absolument lamentable. Alors que le rapport était officiellement publié à 10H, Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué aux Transports, était déjà plein de certitude au micro de France Inter, 2 heures avant : “seule l’innovation technologique nous permettra de régler le changement climatique”. Comme à son habitude, la littérature scientifique ne l’intéresse pas. Notre ministre est trop occupé à tweeter pour se moquer des associations écologiques et nous vendre son avion vert qui volera à base d’huile de friture.
Les 24h qui ont suivi ont été sans surprise. La récupération politique du gouvernement a été sans limite. L