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France Culture
Combien la Nature nous donne-t-elle ?
Article mis en ligne le 17 juillet 2022

Depuis 1992, des économistes cherchent à évaluer les services "éco-systémiques" rendus par la Nature. Objectif : inciter décideurs politiques et économiques à agir pour préserver la bio-diversité. Eclairage sur les écueils et les pour et contre de cette quantification.

Severn Suzuki, 1992

En 1992, c’est la perte de la biodiversité, la disparition des espèces, de la couche d’ozone, qui préoccupe la jeune canadienne. Au même moment, la science économique se met en branle pour évaluer les services rendus par la nature. Le sommet de Rio lui donne le mandat de traduire en chiffre les dons offerts par la nature.

4 types de services sont répertoriés :

  • les services d’approvisionnement en ressource : eau, matière première, nourriture, médecin
  • les services de régulation de la biosphère, notamment l’atténuation du changement climatique par les arbres, les sols, les océans
  • les services socio-culturels, autrement dit l’usage que les humains font de la nature pour le sport, les ballades, la contemplation
  • et enfin les services de support, typiquement, celui d’être l’habitat de toutes les espèces.

Immédiatement, cette approche fut critiquée pour être utilitariste, et anthropocentrique ( centrée sur l’humain). Elle l’est, reconnait un économiste de l’environnement qui la défend néanmoins, car cette évaluation dit-il est un objet de médiation qui permet aux écologues de parler aux politiques.

"Les économistes et biologistes qui ont participé à cette démarche reconnaissent qu’elle manque parfois de rigueur, et qu’elle est critiquable pour de nombreuses raisons, mais ce qu’ils disent, c’est ceci : Imaginez-vous une réunion d’arbitrage entre le maintien d’une forêt, et la construction d’un centre commercial. Les promoteurs du projet donneront des chiffres de création d’emplois, de croissance d’activité... si en face, l’écologue consulté n’a aucun chiffre à donner en faveur de la préservation de la forêt, il ne sera pas écouté.

Alain Karsenty, économiste au CIRAD, et auteur de Paiement pour les Services Ecosystémiques dans les Pays en Développement :

compenser ou récompenser ?" (...)

Selon l’hypothèse que l’on prend, on peut faire varier les chiffres de 1 à 100... alors à quoi bon ces évaluations qui mobilisent beaucoup de temps de cerveau d’économistes disponibles ?

Les avis sont partagés, les plus critiques vilipendent ces évaluations qui contribuent selon eux à donner une valeur marchande à la Nature sans rien régler, c’est un fait, la biodiversité est en danger. D’autres estiment que mesurer le niveau de dépendance des humains aux services rendus par la Nature permet de chiffrer le coût de l’inaction et d’alerter les acteurs publics et économiques.