Avec le slogan « Ils sont en train de nous tuer » la Colombie lance un appel au secours. « Je suis Péruvien et en tant que Sud-Américain je me sens dans mon droit et devoir de faire savoir au monde ce qui se passe en ce moment en Colombie. Surtout avec la conjoncture actuelle de notre région. »
Voici une courte explication qui retrace comment la Colombie se retrouve dans cette situation. Cet article m’a été envoyé par un ami cher qui habite là-bas. Pour sa sécurité je ne révélerai pas son identité. On va l’appeler “Parcero” (façon qu’ont les Colombiens de s’appeler entre eux amicalement).
Parcero est prof universitaire et nous a écrit cet article depuis chez lui où ils sont enfermés avec sa famille depuis des jours. Impuissants et tristes. Ils ont peur, comme toutes et tous les Parceros en ce moment. (...)
« Depuis que les manifestations ont commencé le 28 avril et jusqu’à aujourd’hui, 5 mai, le territoire de Colombie s’est converti en une scène de violations des droits de l’homme et de la femme. Cela à cause du comportement dictatorial du gouvernement et de ses forces de l’ordre : la police, le commando SMAD (l’équivalent aux CRS en France), l’armée de terre et les groupes civils en affinité avec les paramilitaires et les adeptes de l’ex-président Uribe, responsable politique des faits.
Déjà, en novembre 2019, il y avait eu des manifestations historiques partout dans le pays pour protester contre le gouvernement de Duque, surnommé « la marionnette » par le peuple. Il est arrivé à la présidence avec le seul mérite d’être recommandé par Uribe qui le contrôle encore, même via Twitter. Ces mouvements sociaux aboutirent à des conversations sans impacts pour les Colombiens et des compromis flous qui bien sûr n’ont pas été honorés.
L’arrivée de la pandémie transforma la priorité de la population, et avec les confinements la colère sociale fut en apparence résorbée. Le président et son équipe, pensant que les gens avaient oublié leurs demandes économiques et sociales, ont alors profité de ce calme pour faire ce qu’ils voulaient, en toute impunité.
Le gouvernement accepte alors les prêts et les aides internationales mais gère très mal la santé publique. Au lieu de réduire les autres dépenses et de se focaliser sur les investissements de santé, il préfère fortifier le secteur bancaire et les forces militaires, ainsi que redorer le blason des institutions et le sien bien sûr, de plus en plus détérioré auprès d’un large secteur de la population.
Les énormes dépenses de santé, incapables de contrer la pandémie, associées à une corruption évidente ont généré un « trou fiscal ». Ce qui a conduit le “ministro de hacienda” sortant (l’équivalent du ministre du logement en France) à déclarer le pays sans fonds suffisant pour fonctionner. Le président et son cabinet proposent alors un plan de réformes qui fait polémique, sur les retraites et la santé ; mais la cerise sur le gâteau, c’est le projet de réforme fiscale. Le fardeau retomberait sur les épaules des classes moyennes et populaires à 80%, alors que ce sont évidemment elles qui sont les plus touchées par la crise de la Covid-19.
Ce 28 avril, des manifestations massives s’organisent et s’improvisent dans les rues des principales villes du pays (...)
Marches qui ont été rapidement infiltrées par des petits groupes minoritaires violents. Ainsi, des millions de manifestants ont poursuivi spontanément le mouvement de novembre 2019, en refusant le plan de réforme fiscale, de santé et des retraites, ainsi que la politique globale du gouvernement en place.
L’État a immédiatement interdit les manifestations en arguant des risques pour la santé publique. Et quand, par désobéissance civile, les gens ont continué de manifester, de l’autre côté la police a commencé ses attaques, diffusées par des citoyens sur les réseaux sociaux ainsi que sur des chaînes alternatives (...)
La situation dépasse les limites du dantesque : des centaines de blessés, des disparus, des détentions irrégulières, des viols et des personnes tuées en pleine rue ou sur les routes par les forces de l’ordre et des groupes affiliés, contribuant à une croissance inexorable de douleur et de sang.
L’actuel gouvernement a réussi à neutraliser quelques institutions de contre-pouvoir telles que “La Personería” (bureau des droits), “La Defensoría del Pueblo” (bureau national du médiateur), jusqu’au Parquet, qui gardent le silence face à cet atroce spectacle. Le peuple court bien le risque de continuer à se faire massacrer en toute impunité. Sauf peut-être si la Cour Pénale Internationale intervient. (...)
les gens en ont marre et ne peuvent plus croire en quelqu’un qui a démontré n’être ni plus ni moins qu’un mythomane. C’est pour cette raison que les mobilisations se poursuivent et qu’on assiste à une escalade de la violence de part et d’autre, 7 jours après le début du mouvement. (...)
Alors que je traduisais cet article-témoignage, d’autres messages de désespoir me sont arrivés de la part d’ami.e.s qui se trouvent sur place :
Une Parcera m’écrit choquée que son collègue de yoga a été tué par des paramilitaires en civil, en fourgonnette.
Un Parcero m’annonce en pleurant qu’un collègue, prof universitaire, qui était apparemment en train de dénoncer tout ce qui se passe sur les réseaux sociaux, a été assassiné chez lui par un sniper.
Et ainsi de suite... J’ai reçu des messages de gens qui ont décidé de fermer leurs comptes sur les réseaux sociaux par peur d’être repérés et de se faire tuer.
Ne restons pas indifférents et faisons en sorte que le monde entier connaisse la vérité sur ce qui se passe en Colombie et les causes de cette situation !