Les éboulements se multiplient dans les Alpes. Entre le recul des glaciers et la fonte du permafrost, les guides suspendent des ascensions devenues trop dangereuses et se questionnent sur le futur de leur pratique.
Si l’ascension du toit des Alpes est trop dangereuse, d’autres massifs moins médiatiques sont toujours accessibles. Reste à convaincre les clients de changer leur itinéraire. « Les néophytes qui veulent faire le Mont Blanc, car cela a une certaine valeur sociale, ne sont pas faciles à convaincre. Mais la plupart des gens sont des clients fidèles qui savent que la montagne sera encore là l’année prochaine », poursuit Dorian Labaeye.
« Nous entrons dans l’inconnu »
Certes, ces sommets ne vont pas disparaître du jour au lendemain, mais beaucoup savent que désormais rien ne sera plus comme avant. (...)
« Auparavant, personne ne s’intéressait à la fonte du permafrost et à ses conséquences », dit Ludovic Ravanel. Ce sol perpétuellement gelé servant de « ciment » aux rochers est en train de fondre, déstabilisant l’ensemble de la montagne. Et le retrait des glaciers aggrave le phénomène, entraînant par exemple la fermeture définitive du refuge de la Pilate dans les Écrins.
Au début de l’été, l’effondrement du glacier de la Marmolada, dans les Alpes du nord de l’Italie, a remis ce phénomène au cœur de l’actualité. (...)
En Suisse, fin août 2017, une masse de trois millions de mètres cubes de roches s’est détachée du Piz Cengalo avant de tomber sur le glacier en contrebas, qui s’est liquéfié instantanément, créant une coulée de boue de six kilomètres qui a détruit le village de Bondo. L’endroit était sous surveillance et la plupart des habitants avaient été évacués, mais huit personnes sont toujours portées disparues.
En France, pour protéger les populations, les autorités travaillent à un plan d’action et de prévention contre les risques d’origine glaciaire et périglaciaire mais il reste encore beaucoup à faire. (...)
« Le prochain événement va nous surprendre car on est sur des secteurs tellement vastes qu’on ne peut pas tout surveiller. D’où la nécessité d’impliquer les populations locales pour qu’elles nous alertent », précise Ludovic Ravanel.
Alpinisme paradoxal
En attendant, beaucoup espèrent que cette canicule réveille les esprits d’une catégorie de touristes assez paradoxale. « Les alpinistes participent à détruire leur propre environnement en traversant le monde pour partir en expéditions parfois plusieurs fois par an. Mais on a aussi de plus en plus de guides qui refusent de voyager loin et tentent de réinventer les pratiques ici », remarque Ludovic Ravanel. D’autant que ces dernières semaines, le chaos climatique s’est invité dans toutes les conversations, assure Fredi Meignan, le vice-président de l’association de protection de la montagne Mountain Wilderness. (...)