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Marie-Claude Saliceti
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Climat & Coopération : « mais où sont les neiges d’Antan ? »
Article mis en ligne le 16 août 2021
dernière modification le 15 août 2021

Le dernier rapport du GIEC paru le 9 Août dernier, montre que les émissions de gaz à effet de serre, enclenchées au début de l’ère industrielle (1850-1900), ont provoqué un réchauffement avéré des températures mondiales, de l’ordre de 1 ° C . Cette augmentation des températures, en apparence minime, est désormais à l’origine d’un dérèglement massif du cycle mondial de l’eau

Selon les scientifiques du climat (Cf. Le dernier rapport du GIEC paru le 9 Août dernier), les émissions de gaz à effet de serre, enclenchées au début de l’ère industrielle (1850-1900), ont provoqué un réchauffement avéré des températures mondiales, de l’ordre de 1 ° C . Cette augmentation des températures, en apparence minime, est désormais à l’origine d’un dérèglement massif du cycle mondial de l’eau : inondations d’une part ; sécheresses et méga-incendies, d’autre part.

Les deux pouvant d’ailleurs se cumuler sur un même lieu ( la Californie et le bassin méditerranéen par exemple) et chaque jour apportant son lot de catastrophes naturelles un peu partout sur la planète, les auteurs du rapport font observer que si rien n’est fait pour s’y opposer, ce dérèglement global s’intensifiera à très court terme, c’est à dire à horizon 2040. (...)

De ce point de vue, la période qui précède l’ère industrielle, ère dénommée le « Petit Âge glaciaire », représente une période particulièrement fascinante, qu’il nous semble important d’observer. Ce changement climatique, caractérisé par des hivers particulièrement rigoureux et froids, ce « petit Âge glaciaire »donc, n’est dû, qu’à un très léger refroidissement climatique, de l’ordre de moins de 1 °C.[1] Mais précisément, il est essentiel de noter ici que ce petit degré en moins, a tout changé !

En outre, relevons encore qu’en réponse à ce défi climatique inédit, la population notamment européenne, a su alors coopérer. Cette coopération est à l’origine de très nombreuses adaptations de la production humaine, notamment sur les plans technique et agricole. Cet esprit de coopération nous semble porteur d’espérance pour l’avenir des générations futures.

Le petit âge glaciaire : cinq siècles de grands froids.

Emmanuel Le Roy Ladurie[2], historien et précurseur de l’étude de l’histoire du climat en France, estime que le "Petit Âge glaciaire" en Europe, se situe entre le début du XIVe siècle et les années 1860. Cette période qui court sur cinq siècles, se caractérise par de nombreux étés frais et des hivers extrêmement rudes, bien plus nombreux qu’au XIIIe siècle.

Le paroxysme de froid est atteint entre les années 1570 et 1730. Trois phases particulièrement virulentes au sein du Petit Âge glaciaire ont été identifiées par les historiens du climat : de 1303 à 1380, le dernier tiers du XVIe siècle et de 1815 à 1860. (...)

Au milieu du XVIIe siècle, les glaciers des Alpes suisses avancent rapidement, engloutissant fermes et villages. En Angleterre, la Tamise gèle pour la première fois en 1607. Sous Louis XIV, la Seine gèle à plusieurs reprises en hiver et on est obligé, à Paris, de débiter le vin des tonneaux à la hache. L’hiver 1709 est particulièrement glacial en France. Les canaux et les rivières des Pays-Bas sont pris par la glace. Le port de New York gèle entre Staten Island et Manhattan.

Quelles explications à cette baisse de température de - 1 ° C sur cinq siècles ?

Les historiens du climat apportent plusieurs éléments cumulés de réponse à l’existence de ce petit âge glaciaire. (...)

3) En réponse, la société a su coopérer et se réinventer.

En réponse à ce défi climatique inédit, les populations de l’hémisphère Nord, s’organisent collectivement, coopèrent et adaptent au final, les technologies en vigueur : ainsi, les moulins à vent remplacent les moulins à eau qui gèlent sous l’effet des températures négatives. De grands greniers sont construits et utilisés comme banques alimentaires. Les stocks de denrées alimentaires doivent être vendus rapidement, car le grain se conserve mal. Et ils ne fournissent que deux à trois mois de vivres, lors des périodes les plus froides. Apparaissent les skis, les traîneaux, les raquettes et patins à glace, qui permettent des déplacements gratuits et rapides, jusqu’à 200 km par jour sur les canaux et lacs intérieurs, note le géographe Alexis Metzgern[5]. Face aux fleuves et aux canaux intérieurs qui gèlent, on invente le brise-glace, afin de desservir la ville de Rotterdam en eau potable.

Dans le même temps, face au changement climatique et à la résilience sociale qui opère en réponse, des famines et des révoltes ont lieu. (...)

Les morts de famines ou de maladie sont nombreux. Toutefois, les populations paysannes et urbaines s’adaptent peu à peu, à des conditions de vie très dures.

4) Mais où sont les neiges d’Antan ?

Le Petit Âge glaciaire a représenté un défi immense pour les sociétés humaines. Il est établi que les anciens ont su faire œuvre de résilience, coopérer et qu’ils ont su trouver collectivement les modes de faire adaptés. Tentons de tirer les enseignements de l’histoire du climat. Si on la met en perspective, cette séquence du climat planétaire, voisine au fond avec la situation contemporaine du réchauffement climatique que nous connaissons. La question paradoxale est désormais posée :

Face aux effets dévastateurs produits sur le climat par les gaz à effets de serre, l’humanité saura-t-elle réenclencher ce refroidissement climatique désormais tant désiré ? Alors même que ces grands froids furent tant redoutés, par des générations entières de paysans et de citadins ? Si l’on en croit les scientifiques du GIEC, les sociétés humaines ont leur destin en main et sont encore en capacité de retrouver les "neiges d’Antan".