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Christiane Taubira : « Ma liberté de parole »
Gran Balan, Christiane Taubira Éditeur : Plon (10/09/2020)
Article mis en ligne le 9 octobre 2020
dernière modification le 8 octobre 2020

À l’occasion de la sortie de son premier roman, Gran Balan, Christiane Taubira nous a accordé un entretien exclusif. Elle explique ici comment elle s’est emparée de la fiction pour traiter des conditions de vie en Guyane, de l’héritage colonial, du féminisme, de la justice…

Deux ou trois plateaux de télé, deux ou trois radios. Pas plus. À l’occasion de la sortie de Gran Balan, premier roman de l’ancienne ministre de la Justice, Christiane Taubira s’est peu exprimée. Elle le reconnaît : elle ne goûte guère, non pas les médias, mais l’exercice en soi des médias, qui consiste trop souvent à commenter la petite phrase d’un opposant politique, l’actualité nationale ou internationale, à juger un successeur Place Vendôme. Aujourd’hui, elle accorde à Politis son seul entretien à la presse écrite. En prenant son temps. Pour parler de son roman, de littérature et d’écriture. Une écriture qui résonne, on ne sera pas étonné, avec une personnalité, ses engagements, son caractère. Avec une foultitude de personnages aux trajectoires diverses, personnelles, inscrits dans le territoire de la Guyane, qui virent à l’universel. Une Guyane qui lui est chère. (...)

Que permet le voile de la -fiction ?

Je n’ai pas besoin de voile. C’est peut-être le cas de certains romanciers, qui cherchent une vie sociale discrète, veulent préserver des relations. Je n’ai pas besoin de ça, je suis connue, identifiée. On connaît mes idées, mes engagements, mes combats, mes défauts. Ma vie publique a été trop longue et trop intense pour que j’aie quelque chose à dissimuler. Ce roman n’est pas un cache-nez, c’est une façon différente, plus délicate et plus difficile, sans doute, de dire les mêmes choses, à partir du moment où l’on ne triche pas. Ce sont des idées que je porte depuis des dizaines d’années, mais exprimées différemment, à plusieurs voix, en déplaçant les situations. C’est exactement ce que permet le roman (...)

Il y a une question de langage que j’ai voulu introduire dès le premier chapitre en posant un message. Il y a là une langue, un roman français qui navigue entre plusieurs langages, dont le créole, rendu ici intelligible suivant certaines astuces, des périphrases, ou une traduction immédiate. Ce n’est pas une fantaisie, c’est aussi ma vie, ma langue, une habitude. De fait, avec tout éditeur, je suis à une -virgule près. On n’y touche pas. La virgule, ce n’est pas une affaire de typographie, c’est une question de rythme. (...)

Il y a une question de langage que j’ai voulu introduire dès le premier chapitre en posant un message. Il y a là une langue, un roman français qui navigue entre plusieurs langages, dont le créole, rendu ici intelligible suivant certaines astuces, des périphrases, ou une traduction immédiate. Ce n’est pas une fantaisie, c’est aussi ma vie, ma langue, une habitude. De fait, avec tout éditeur, je suis à une -virgule près. On n’y touche pas. La virgule, ce n’est pas une affaire de typographie, c’est une question de rythme. (...)

il n’y a rien de pire que l’injustice. En dépit de tous les malheurs qui peuvent arriver dans la vie, qui n’est jamais un fleuve tranquille, on le sait, il n’y a rien de pire que l’injustice. Non seulement cela doit être possible, mais cela doit aussi être une quête sans fin. Il ne faut jamais hésiter à interpeller les instances judiciaires, à interpeller la justice, à tous les niveaux, des magistrats et des avocats aux greffiers, tous ceux qui participent à la justice, à cette conscience, qui contribuent à l’œuvre de justice, ce qui est le liant, le pilier, la colonne vertébrale d’une société démocratique. On n’a pas à demander à la justice d’être clémente ou, le cas échéant, d’être sévère. On lui demande, on exige, on requiert qu’elle soit juste. Et surtout pour les plus vulnérables. (...)

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Christiane Taubira, le roman de la Guyane
Christiane Taubira est née en 1952 à Cayenne, et c’est dans cette Guyane natale que son roman Gran Balan nous plonge. Histoires croisées de ces jeunes face à la justice, de ces mères créoles éblouissantes, de ces éducateurs engagés, mais aussi tableau de la ville tricontinentale de Cayenne ou de la forêt amazonienne, c’est toute la Guyane qui est convoquée dans ce roman, mais aussi les questionnements du monde d’aujourd’hui. (...)