Notre détermination à soutenir les manifestants en Birmanie doit être égale à leur propre détermination. L’armée birmane est plus isolée qu’auparavant.
Un régime peut s’effondrer sans prévenir, atteint par les divers coups portés simultanément contre lui et affaibli par ses propres erreurs. Aussi ne faut-il pas écouter sans distance critique ceux qui prédisent l’échec du mouvement populaire de protestation contre le coup d’Etat (ou coup de force) qui a eu lieu en Birmanie le 1er février dernier. Certes, l’armée birmane n’a jamais hésité à tirer dans le tas : elle en a encore fait la démonstration ces dernières semaines et particulièrement ces derniers jours. Certes encore, le pire est peut-être à venir (...)
Pour l’heure, on ne peut qu’être inquiet en constatant la présence à Rangoun des unités les plus brutales de la Tatmadaw [nom de l’armée birmane], déjà impliquées dans la répression de la « révolution safran » de 2007. Un bain de sang est-il en prévision ? (...)
Si la situation requiert donc toute notre attention, on peut observer certaines choses susceptibles de jouer en la défaveur des putschistes.
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La détermination des protestataires en est une. Jamais sans doute l’armée birmane n’avait fait à ce point l’unité contre elle. (...)
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Si la déconnexion du réel n’est pas une caractéristique nouvelle de l’armée birmane, elle a sans doute atteint son paroxysme. Certes, en 1990 déjà les militaires n’avaient pas vu venir le triomphe électoral de la Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) d’Aung San Suu Kyi. Cette fois non plus apparemment – d’où le putsch. Mais l’on peut se demander si les généraux réalisent bien ce qu’il se passe lorsqu’ils annoncent à une émissaire onusienne leur volonté d’organiser de nouvelles élections dans un an. (...)
Enfin, il y eut la tentative de l’armée de se dédouaner de la mort de Kyal Sin, cette jeune manifestante de 19 ans abattue d’une balle dans la tête et désormais érigée en symbole : des soldats déterrèrent son corps pour voir s’il était possible, à l’examiner, de contester des faits indiscutables. On se dit là encore que ces gens vivent dans un monde dangereusement parallèle : profaner la sépulture de la jeune femme, est-ce bien le meilleur moyen de rattraper le coup en termes d’image ?
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Reste bien sûr le fait que le pragmatisme de beaucoup, lorsqu’il s’agit d’affaires, s’encombre de bien peu de moralité et que l’isolement du régime n’est à ce stade pas absolu. Cependant la junte n’a jamais été si seule. L’Etat chinois, qui avait totalement méprisé la mobilisation de 1988 (entamant au plein moment des manifestations et de leur répression des relations économiques et militaires soutenues avec la dictature), n’est pas à l’aise. (...)
Enfin, il y eut la tentative de l’armée de se dédouaner de la mort de Kyal Sin, cette jeune manifestante de 19 ans abattue d’une balle dans la tête et désormais érigée en symbole : des soldats déterrèrent son corps pour voir s’il était possible, à l’examiner, de contester des faits indiscutables. On se dit là encore que ces gens vivent dans un monde dangereusement parallèle : profaner la sépulture de la jeune femme, est-ce bien le meilleur moyen de rattraper le coup en termes d’image ? (...)
Notre détermination à soutenir la population doit être égale à leur propre détermination. La rue birmane refuse absolument les arrangements d’arrière-cour avec une armée rejetée comme jamais auparavant et plus encore avec un chef de l’armée haï. Nulle place ici pour jouer à plus malin qu’eux. Si toute réflexion pertinente sur les difficultés qui attendent les manifestants (au-delà des risques dont ils ont conscience) et même sur un possible échec du mouvement et les suites à envisager alors sont bienvenues, la priorité absolue doit être non pas de penser un après dont on ne sait pas ce qu’il sera mais de trouver les moyens d’aider les protestataires à triompher enfin d’un régime à tous égards monstrueux.
Contestation en Birmanie : nouveaux raids nocturnes de la police, les syndicats appellent à la grève https://t.co/tF640a6sQu pic.twitter.com/dcn5NNls10
— FRANCE 24 Français (@France24_fr) March 7, 2021