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Basta !
Baisse des effectifs, hausse des tarifs, qualité de service moyenne : les réalités de la privatisation du rail
Article mis en ligne le 28 mai 2018

La promesse est toujours la même. En brisant les monopoles publics au profit d’un marché concurrentiel, la dérégulation permettrait de faire chuter les prix et d’améliorer la qualité pour les usagers, devenus des « clients ». L’argument est de nouveau ressorti par le gouvernement dans le cadre de la réforme ferroviaire, dont l’examen au Sénat a commencé le 23 mai. Et si on jugeait sur pièces ? Basta ! fait le bilan de deux décennies françaises d’ouverture à la concurrence, en visualisant ses effets sur les tarifs, sur l’emploi, ou encore sur les investissements. Deuxième volet : le transport ferroviaire.

Au « fiasco » britannique, on oppose le « miracle » allemand, dont l’Hexagone ferait bien de s’inspirer. Contrairement à ce que l’on entend souvent, la France n’est pas le seul pays à faire de la résistance face à la dérégulation. En Europe, huit pays ont jusqu’ici décidé de ne pas ouvrir à la concurrence leur transport de voyageurs, ou alors de façon très marginale : Belgique, Croatie, Espagne, Finlande, Grèce, Slovénie, France, ainsi que la Suisse, qui n’est pas membre de l’Union européenne [1]. À l’inverse, certains font figure de « pionniers » (Allemagne, Norvège, Pologne, Royaume-Uni et Suède), même si le poids de la concurrence effective doit y être relativisée. En Allemagne, par exemple, la Deutsche Bahn, compagnie nationale, domine encore la quasi-totalité du marché de la grande vitesse. Sur le marché régional, les opérateurs privés se sont implantés à hauteur de 25%.

Il faut également préciser que dans la plupart des pays ouverts à la concurrence, celle-ci est le fait d’opérateurs historiques venus d’autres pays européens : les investissements et les compétences nécessaires sont tels qu’ils limitent le nombre de candidats. Que faut-il penser des promesses de la libéralisation ? Tentative de réponse en quatre points.

Les baisses généralisées de tarifs : un mythe(...)

« Les exemples européens et notamment les cas de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne et de la Suède montrent que les tarifs des titres de transport ont augmenté de manière plus importante que l’inflation. » En Grande-Bretagne, le phénomène est établi depuis longtemps. Depuis 1995, les tarifs de l’ensemble des billets ont augmenté de 128%, c’est à dire 1,4 fois plus vite que l’inflation.

Contrairement aux idées reçues, la hausse est encore plus spectaculaire en Allemagne. (...)

La libéralisation, c’est bon pour la fréquentation ?
« Dans tous les pays ayant ouvert à la concurrence les services de transport ferroviaire de voyageurs, une croissance de la demande a été observée, assure l’Arafer. C’est ainsi que la libéralisation des services de transport ferroviaire de voyageurs s’est accompagnée en Allemagne, au Royaume-Uni et en Suède d’une hausse sensible de leur attractivité (mesurée à travers l’évolution de la fréquentation exprimée en voyageurs-kilomètre). »

Il est vrai que dans ces pays, on observe une hausse notable de la fréquentation. En Grande-Bretagne, le nombre de passagers par kilomètre a plus que doublé entre 1995 et 2013 (de 30,3 à 62). Sur la même période, le trafic en Allemagne a augmenté de 25%. Mais ces chiffres ne suffisent pas à disqualifier les pays moins ouverts à la concurrence : en France, le trafic a augmenté de 61%, soit presque 2,5 fois plus qu’outre-Rhin [2].

Massive baisse des effectifs
En général, les réformes visant à libéraliser le rail s’accompagnent de reculs sociaux, du moins au début : baisse d’effectifs, suppression de statuts, dégradation des conditions de travail. (...)

Grève contre Veolia en Suède
Moins connu, l’exemple suédois mérite d’être mentionné. Bien avant le reste du continent, le pays a entamé le processus de libéralisation dès 1988, avec pour principal objectif de réduire les coûts de fonctionnement. Les régions ont lancé leurs premiers appels d’offres auprès de compagnies privées. Le mouvement s’est accompagnée d’une restructuration sévère, puisque les effectifs du secteur ferroviaire – principalement ceux de l’opérateur historique – ont connu une chute vertigineuse, passant d’environ 37 000 en 1988 à moins de 20 000 dix ans plus tard [3]. Soit presque un employé sur deux ! (...)

En juin 2014, une grève de cheminots a éclaté dans le sud de la Suède. Elle opposait le Seko, le très remuant syndicat des services et communications, à un opérateur privé étranger, le Français Veolia. Le syndicat accusait l’industriel de vouloir licencier 250 salariés à temps plein pour les rembaucher ensuite à temps partiel, à un salaire inférieur…Pour la CGT, l’épisode incarne jusqu’à la caricature les dérives de la dérégulation.

L’épineuse question de la qualité du service (...)