Depuis près d’un siècle, la fonderie Horne, propriété du géant minier Glencore, produit du cuivre à Rouyn-Noranda, au Canada. La parution d’une étude révélant la surexposition des habitants aux rejets toxiques de l’usine a été un électrochoc pour une population qui a longtemps fermé les yeux sur la pollution.
(...) Notre-Dame, un quartier populaire construit au pied d’une fonderie de cuivre, dont la massive silhouette, cheminées, tuyaux et hangars, domine la ville de Rouyn-Noranda, 43 000 habitants. « Quand mon auto a été attaquée par vos particules blanches, vous avez payé la facture pour refaire la peinture. Quand mon salon de jardin a été dévoré par votre poussière, vous avez payé. Mais que comptez-vous faire pour laver mes poumons ? Vous ne pourrez pas acheter ma santé », lance-t-elle, la voix tendue par l’émotion qui affleure. A la tribune, la brochette de dirigeants de la fonderie Horne, à qui elle s’adresse, encaisse, sans un mot.
En ce début de soirée du 12 octobre, près de 150 citoyens de Rouyn-Noranda, la capitale de l’Abitibi-Témiscamingue, une région de l’ouest du Québec située à plus de sept heures de route de Montréal, ont précipité leur dîner. Pas question de manquer la première réunion d’information organisée par Glencore, la multinationale anglo-suisse propriétaire de la fonderie Horne depuis 2013. A l’Hôtel Noranda, érigé par les fondateurs de la mine au début du XXe siècle, trois dirigeants locaux de l’entreprise présentent leur « plan de modernisation express », destiné à réduire les émissions toxiques de l’usine, notamment celles d’arsenic, reconnu comme cancérigène. (...)
« 500 millions de dollars d’investissements » pour passer de 100 nanogrammes d’arsenic par mètre cube émis dans l’air chaque année à 15 en 2027. Pourquoi s’en tenir à 15 alors que la norme légale en vigueur sur tout le territoire québécois est de 3 nanogrammes, demandent à plusieurs reprises les participants ? Impossible de faire mieux plus vite, répondent les dirigeants. Dans la salle, le dialogue est électrique. « Combien de centaines de millions de dollars de profits allez-vous vous faire encore en continuant à nous contaminer ? », s’emporte un ancien employé de la fonderie.
Depuis six mois, la ville suffoque de colère. Le Canada tout entier tousse avec elle, ce pays qui aime croire que ses grandioses paysages naturels riment avec air pur et qui oublie volontiers que ses riches ressources minières et pétrolifères ont souvent un coût environnemental. Les activités de la fonderie ont quitté les pages du journal local, Le Citoyen, pour faire les gros titres de la presse nationale. Les révélations s’enchaînent sur le manque de transparence de la multinationale – condamnée par ailleurs le 3 novembre pour des « faits de corruption » en Afrique par un tribunal britannique – et sur le peu d’empressement du gouvernement québécois à lui imposer sa loi. Le 20 novembre, après consultation publique de la population, ce dernier devrait dire s’il accorde encore à Glencore une dérogation, un énième « permis de polluer », dénoncent ses détracteurs. (...)