Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Slate.fr
Au Moyen Âge, la police frappait les étudiants... à coups de hache
Note des auteurs de l’article : En tant que professeurs enseignant dans plusieurs universités françaises, étudiants depuis des années, usagers de l’université, et enfin citoyens, les auteurs d’Actuel Moyen Âge sont profondément choqués des événements survenus à Montpellier le 22 mars dernier. Nous tenons à exprimer notre totale solidarité envers les étudiants ainsi violentés.
Article mis en ligne le 11 avril 2018
dernière modification le 10 avril 2018

Les actes violents contre les protestations d’étudiants se multiplient. Des agressions qui ne sont pas nouvelles. Mais si elles sont beaucoup moins violentes qu’il y a quelques centaines d’années, elles sont aussi mieux acceptées.

Dans la nuit du 22 mars, des élèves de l’université de Montpellier ont été violemment agressés alors qu’ils occupaient un amphithéâtre, par une milice fasciste agissant avec le soutien, au moins verbal, du doyen de l’université.

Cette brutalité n’est pas isolée : à Toulouse, à Bordeaux, à Strasbourg, plusieurs mobilisations étudiantes ont connu des tentatives de répressions, parfois dans la violence. Certes, les acteurs de ces violences ne sont pas les mêmes. (...)

Mais la question de fond reste identique. Taper sur les étudiants est un sport que l’on pratique depuis longtemps...

Bagarres, vols, bitures, pornographie...
On sait que le Moyen Âge a inventé l’université ainsi que la plupart des formes contemporaines d’évaluation du savoir. On sait moins que les étudiants médiévaux étaient extrêmement turbulents.

Jeunes, souvent étrangers, ils vivent entre eux dans des « quartiers étudiants » auxquels ils vont donner leur nom (à Paris, le Quartier latin). Il y a deux types d’étudiants : beaucoup sont fils de personnages très riches et profitent de l’éloignement familial pour se comporter de manière très contestable. Ils se déplacent fièrement en bandes, entourés de serviteurs, et n’hésitent pas à provoquer des bagarres dans les tavernes. Le reste est originaire de milieux modestes et vivent donc à la limite de la pauvreté.

Tout ça favorise une agitation sociale permanente, qui se cristallise épisodiquement en émeutes, pillages, bagarres dans des tavernes, etc. Plus généralement, les étudiants se montrent systématiquement irrespectueux de l’autorité (...)

Dans les années 1451-1455, les « chahuts » estudiantins se multiplient à Paris. Il faut dire que les étudiants sont, à ce moment-là, très nombreux : il y a dès lors plus de diplômés que de postes. Cette agitation est sous-tendue par une opposition entre le roi de France, Charles VII, et l’université de Paris, le roi cherchant à diminuer les privilèges (notamment fiscaux) de celle-ci.

C’est dans ce contexte que s’épanouit François Villon : provocateur, insolent, il flirte avec des criminels organisés (la bande des Écorcheurs) et organise de vastes plaisanteries à l’échelle de la ville pour mieux humilier les puissants. La tension monte, et Villon s’y entend pour jeter de l’huile sur le feu. (...)

Un silence coupable

Il n’y a pas de continuité entre les revendications des étudiants de 1455 et celles des étudiants de 2018. Par contre, il y a bien un lien direct entre les répressions de ces mouvements. Hier comme aujourd’hui, il s’agit pour l’État de briser des groupes qui s’organisent sans lui, voire contre lui, qui le défient par leurs mots, leurs actions, leur seule existence. (...)