La police de Sao Paulo a violemment fait irruption, vendredi 4 novembre, dans un centre de formation du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), partenaire du CCFD-Terre Solidaire. De quoi renforcer le climat de criminalisation dans lequel baignent les organisations sociales brésiliennes depuis plusieurs mois.
Dans cet établissement qui forme des militants et des cadres de mouvements populaires, les hommes lourdement armés, plutôt habitués à intervenir lors de braquages de banque et de prises d’otages, sont venus arrêter deux militants, un homme et une femme, soupçonnés notamment « d’occupation illégale de terre et d’association de malfaiteurs. »
Une violence disproportionnée
Selon de nombreux témoins, les policiers ont fait usage à plusieurs reprises de leur arme, tirant en l’air et au sol, mais à balles réelles, alors que plus de 200 personnes assistaient à des cours à l’intérieur de l’établissement et que des enfants étaient également présents dans l’enceinte de ce centre de formation qui accueillent des leaders sociaux du monde entier. (...)
La mobilisation de la police faisait partie de l’opération « Castra » qui couvrait simultanément trois états du sud du Brésil : Paraná, São Paulo et Mato Grosso do Sul.
Objectif ? Procéder à l’arrestation de huit militants du Mouvement des Sans Terre dans le cadre d’une enquête liée à l’occupation par plus de 2500 familles de 10 000 hectares de terre près de Queidas do Iguaçu, dans l’état du Paraná, au sud du pays. (...)
La police possédait bien un mandat d’emprisonnement préventif à l’encontre de Margareth Barbosa de Souza, l’une des deux personnes arrêtées.
Mais d’après son avocate, Alessandra da Silva Carvalho, il y a de « forts indices » que le dit mandat n’ait pas été valable. « Le policier nous a montré le mandat à travers la messagerie « whatsapp », a indiqué la défenseure. Il a ensuite été l’imprimer dans un lieu près de l’école ». Or, d’après une journaliste du journal espagnol « El Pais » présente sur les lieux, il manquait la signature du juge.
En attendant, les nombreux témoins présents lors des faits ont tous évoqué la brutalité avec laquelle les policiers ont mené l’intervention. (...)
Un climat de criminalisation dénoncé par les organisations sociales brésiliennes
L’information de « l’invasion policière » a été rapidement relayée par les réseaux sociaux et très vite les réactions venues de tout le pays se sont multipliées. Dans un communiqué publié le jour même, le Mouvement des Sans Terre a dénoncé « l’escalade de la répression contre la lutte pour la terre, sous l’influence des lobbys agro-industriels associés à la violence d’un Etat d’exception », et a accusé la compagnie Araupel de collusion avec l’appareil de police et les autorités publiques.
Le communiqué souligne également que le Mouvement des Sans Terre est « un mouvement qui lutte pour la démocratisation de l’accès à la terre dans le pays. L’action déraisonnable de la police porte un coup aux droits constitutionnels et démocratiques. » (...)
Pour dénoncer la criminalisation des mouvements populaires et en solidarité avec le Mouvement des sans terre plus d’un millier de personnes se sont réunies le samedi 5 novembre à l’École Nationale Florestan Fernandes.
Une réunion à laquelle a participé l’ancien président brésilien Ignacio Lula da Silva. Lors de son intervention, Lula a souligné que l’action menée contre le Mouvement fait partie « d’un processus qui vise à réprimer les mouvements populaires dans tout le pays. » Un processus de criminalisation qui passe désormais par l’envoi de forces de police armées. Y compris dans une école. (...)