
“La France émet moins de 1% des émissions de CO2, elle est parmi les meilleurs élèves de l’écologie !”
Cet argument revient quotidiennement sur les réseaux sociaux, relayé par des personnes qui semblent vouloir dire que le problème est ailleurs. C’est problématique lorsque cela vient de personnes sans audience, mais c’est clairement irresponsable lorsque cela vient d’éditorialistes avec une forte exposition ou pire, un ex-candidat à l’élection présidentielle.
Peut-on se détendre, comme le suggère Emmanuel Le Chypre ?
Pas vraiment. Cet argument qui indique que la France ne représente que “1% des émissions” est au mieux fallacieux. Pour y répondre, voici six arguments, qui soulignent le caractère multidimensionnel du changement climatique.
1/ Discours d’inaction climatique : le whataboutisme
Avant toute chose, il faut savoir que cette formule rhétorique qui consiste à dire que “nous ne sommes que 1% des émissions, les autres X % !!” est identifiée de longue date comme l’un des discours de l’inaction climatique. Ces discours sont notamment tenus par les climato rassuristes, qui auront tendance à reconnaître un réchauffement climatique d’origine humaine, mais diront plutôt que ce n’est pas si grave, qu’on exagère, et que l’homme s’est toujours adapté.
Ici, l’objectif est très clair : c’est pas de notre faute, nous les Français(es), allez plutôt demander aux autres, les vrais responsables ! (...)
2/ Moins de 1% des émissions… comme 200 autres pays
Si la France représente moins de 1% des émissions mondiales, elle n’est pas le seul pays dans ce cas : ils sont plus de 200 à l’être !
Si nous additionnons les émissions des pays qui émettent moins de 1% des émissions, ils représentent la 2e source d’émissions la plus importante, derrière la Chine. En y ajoutant les pays qui représentent entre 1 à 2% des émissions, ils représentent la 1ère source mondiale d’émissions. (...)
3/ La France représente 0.9% des émissions mondiales… mais pas en empreinte carbone !
Dire que la France représente 0.9% des émissions mondiales n’est pas faux, mais seulement si vous comptez les émissions territoriales, donc les émissions sur le territoire français.
Si vous voulez vraiment savoir à quel point la France (les Français) émet de gaz à effet de serre, il faut prendre l’empreinte carbone, et cette dernière est environ 70% plus élevée que les émissions territoriales ! Finalement, la France serait plutôt responsable de 1.5% des émissions mondiales. Pour un pays qui représente 0.8% de la population mondiale, ce n’est plus vraiment “l’un des meilleurs élèves”. (...)
4/ Les émissions historiques
Il est impossible de comprendre le changement climatique sans prendre en compte sa dimension historique. C’est ce que rappelle entre autres le deuxième volet du dernier rapport du GIEC :
B.2 : La vulnérabilité des écosystèmes et des populations au changement climatique varie considérablement d’une région à l’autre et au sein d’une même région (confiance très élevée, sous l’effet de schémas de développement socio-économique croisés, l’utilisation non durable des océans et des terres, l’inégalité, la marginalisation, les schémas historiques et permanents d’inégalité tels que le colonialisme, et la gouvernance (confiance élevée).
Dans une perspective historique, la France a un rôle très important dans l’accumulation du CO2 dans l’atmosphère. Elle atteint la 8e place, avec 2.34% des émissions mondiales depuis 1750 (...)
5/ Que la France représente 1% ou 5% des émissions, la conclusion est la même
Que ce soit 1% ou 5% des émissions mondiales, la logique est la même : la France doit BAISSER ses émissions de gaz à effet de serre. ET drastiquement. L’empreinte moyenne française est AU MOINS 5 fois trop importante pour respecter nos objectifs climatiques, et doit passer de 10t CO2eq à moins de 2t CO2eq (...)
Rappelons également que nous sommes bien au-dessus de la moyenne mondiale qui est à 7.5 t CO2eq/an. Finalement, et malgré les mensonges répétés du gouvernement Macron, la France n’est pas si exemplaire que cela.
6/ Le CO2 n’a pas de frontières, et la France n’est pas prête
La question sous-jacente à ces premiers points est : pourquoi agir ? « La France ce n’est que 1% des émissions, non ? ».
Premièrement, lutter contre le changement climatique est inscrit dans la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC). La France doit atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 et s’y est engagée.
Deuxièmement, dire “pas de problème écologique en France” est tout simplement faux. La France souffre déjà d’un effondrement de la biodiversité, et les aléas climatiques sont de plus en plus fréquents (et le seront de plus en plus). Penser que « le changement climatique, c’est pour les autres » est un biais d’optimisme classique, mais malheureusement aussi une erreur grossière (...)
Le mot de la fin
Dire que la France ne représente que 1% des émissions cache donc bien des aspects à prendre en compte et oublie volontairement une partie de nos émissions, que nous importons. Le CO2 était le critère principal retenu ici, mais il est important de souligner qu’il n’est pas le seul gaz qui participe au réchauffement climatique, et que les enjeux environnementaux ne s’arrêtent pas qu’à la question climatique.
Dans la mesure où il ne se passe pas un jour sans entendre ce fameux ‘1%’, cet article devrait être particulièrement utile pour clore certains débats qui ne font au final que retarder la baisse des émissions et l’adaptation au changement climatique. Vous comprendrez désormais pourquoi le discours de Cyril Hanouna dans la vidéo ci-dessous est extrêmement discutable… (...)