
Peut-être pensez-vous, comme moi il n’y a pas si longtemps encore, qu’Amazon a dévoré le marché du livre ou que, s’il ne l’a pas encore fait, les jours des librairies de quartier sont comptés par sa faute. Ce n’est pourtant pas ce que disent les chiffres. Bien sûr, le secteur de la librairie indépendante n’est pas au meilleur de sa forme. Mais cela ne date pas non plus d’aujourd’hui.
L’apogée de la profession remonte à 1878. La France comptait alors plus de 6.000 librairies dont 5.000 en province pour 26 millions d’habitant·es. C’était il y a presque un siècle et demi. Aujourd’hui, la France compte 3.200 librairies pour 67 millions de personnes
Leur part de marché est passée de 32% en 1994 à 27% en 2006 mais seulement de 24,5% en 2008 à 22% aujourd’hui.
Or c’est sur cette dernière période, marquée par un très léger recul des librairies (-2,5%), que les ventes par internet ont littéralement explosé en passant de 9,6% en 2008 à plus de 20% aujourd’hui. Les principales victimes de cette montée en puissance du e-commerce ? La vente par correspondance, les clubs de livres, les maisons de la presse et les grandes chaînes comme Virgin ou Chapitre.
D’où une question : si, comme aux États-Unis, la crise des librairies n’est pas due au e-commerce, quelle en est la cause ? Réponse : les GSA et les GSS, à savoir les grandes surfaces alimentaires et spécialisées.
L’omniprésence des Espaces culturels E.Leclerc
On parle moins de l’enseigne dans le secteur du livre que pour sa bataille contre la vie chère. Et pourtant, bon nombre de librairies de petites communes et de villes moyennes lui doivent leur fermeture. Avec 215 points de vente répertoriés à travers l’Hexagone en 2017, E.Leclerc et ses Espaces culturels sont devenus la première enseigne culturelle tricolore.
Développés à partir de 1990, ces lieux dédiés à la culture s’étirent en moyenne sur 1.000 m2 et maillent tout le territoire national. Ils font ainsi office de sérieuse alternative aux librairies de centre-ville qui doivent composer avec des surfaces réduites et un nombre de références limité.
D’autant plus qu’en développant les Espaces culturels à l’ombre des hypermarchés, les E.Leclerc peuvent s’offrir le luxe de faire du livre un simple produit d’appel. (...)
Avec Cultura, la culture s’étale en périphérie
Ce nouvel acteur s’est fixé de révolutionner le concept de la Fnac. (...)
indépendants ? Leurs boutiques dans les centres-villes peuvent-elles constituer un atout auprès de la clientèle ? Le changement de stratégie opéré par la Fnac tend à démontrer le contraire. Le célèbre « agitateur de curiosité » délaisse les centres-villes et s’est ouvert au développement par franchise depuis 2011.
Il a aussi mis en place une offre plus segmentée. (...)
à travers des enseignes de proximité dont la surface oscille généralement entre 300 et 1.500 m2. Ces enseignes à taille plus restreinte séduisent davantage les franchisés. Ceux-ci peuvent aussi se tourner vers les espaces Fnac « travel » ou « connect » qui se multiplient notamment dans les gares et aéroports en proposant objets connectés et téléphonie.
Le réseau de boutiques Fnac poursuit donc son expansion (...)
si l’arrivée du géant américain a occasionné une modification notable des usages, elle n’a donc pas bouleversé le marché. Mais la réalité des chiffres a-t-elle encore une importance ? Amazon est devenue une obsession. Plus qu’une menace, elle explique tous les maux. (...) Pendant que le SLF se focalise sur Amazon, la grande distribution avance ses pions. Vendredi 30 octobre 2020, la Fnac obtient de pouvoir laisser ses rayons ouverts pendant le confinement alors que les librairies indépendantes n’ont qu’un droit : fermer. Stupéfaction ! Après avoir connu un rebond des ventes de livres avec le déconfinement, la profession découvre que la grande distribution va une nouvelle fois profiter de la fermeture des librairies indépendantes.
Un peu sonnée, Anne Martelle, présidente du SLF, est abasourdie. « C’est une activité culturelle peu risquée, et c’est dommage de ne pas la maintenir », déplore-t-elle auprès de France 24. « Dommage », le mot est à la mesure de la sidération. Finalement, une réunion à Bercy reviendra quelques heures plus tard sur cette décision. Mais il s’en sera fallu de peu que E.Leclerc, la Fnac et l’ensemble de la grande distribution ne profitent du confinement pour piquer des parts de marché supplémentaires aux indépendants.
Les librairies sauront-elles en tirer les enseignements ? La profession finira-t-elle par réaliser que le danger réside aussi, sinon surtout dans les ambitions de la grande distribution sur le marché du livre ? (...)
Pendant que le SLF se focalise sur Amazon, la grande distribution avance ses pions. Vendredi 30 octobre 2020, la Fnac obtient de pouvoir laisser ses rayons ouverts pendant le confinement alors que les librairies indépendantes n’ont qu’un droit : fermer. Stupéfaction ! Après avoir connu un rebond des ventes de livres avec le déconfinement, la profession découvre que la grande distribution va une nouvelle fois profiter de la fermeture des librairies indépendantes.
Un peu sonnée, Anne Martelle, présidente du SLF, est abasourdie. « C’est une activité culturelle peu risquée, et c’est dommage de ne pas la maintenir », déplore-t-elle auprès de France 24. « Dommage », le mot est à la mesure de la sidération. Finalement, une réunion à Bercy reviendra quelques heures plus tard sur cette décision. Mais il s’en sera fallu de peu que E.Leclerc, la Fnac et l’ensemble de la grande distribution ne profitent du confinement pour piquer des parts de marché supplémentaires aux indépendants.
Les librairies sauront-elles en tirer les enseignements ? La profession finira-t-elle par réaliser que le danger réside aussi, sinon surtout dans les ambitions de la grande distribution sur le marché du livre ? (...)