
Le géant de la logistique est mis en cause par Force ouvrière car il inciterait ses services de santé à ne pas déclarer tous les accidents du travail survenant dans son entrepôt de Brétigny-sur-Orge, en Essonne. Un intérimaire y est pourtant décédé d’un arrêt cardiaque en janvier.
C’est un coup de fil qui ne passe pas. Le 19 octobre dernier, Karine Blanc, élue Force ouvrière (FO) dans l’entrepôt d’Amazon à Brétigny-sur-Orge (Essonne) et secrétaire du comité social et économique, entend une conversation téléphonique qui l’intrigue. Elle se déroule entre un responsable de l’agence d’intérim Randstad, implantée directement dans l’entrepôt (lire notre article sur ces agences installées chez Amazon) et un intérimaire travaillant sur place.
« Il a dit à l’intérimaire qu’il était inutile pour lui de déclarer un accident du travail, car il ne respectait pas les gestes et la posture et que cela serait donc facilement contesté par l’employeur », a relaté l’élue quelques jours plus tard par écrit à Mathieu Maréchal, le délégué syndical central FO de Randstad.
Contactée par Mediapart, l’entreprise d’intérim assure, « après vérification », « qu’une déclaration d’accident du travail a bien été effectuée le jour même de la survenance de l’accident de l’intérimaire concerné ». « Nous tenons à vous confirmer que Randstad apporte toute son attention à la sécurité et la santé de ses collaborateurs », insiste le service de communication. (...)
Ce type de « conseil » serait pourtant régulièrement donné dans l’entrepôt. Aux intérimaires, mais pas seulement. Pour les élu·es de FO, de telles consignes viseraient régulièrement les 4 500 membres du personnel de l’entrepôt Amazon, intérimaires (environ 10 % de l’effectif) ou non.
« On a des consignes de la direction de ne pas déclarer les accidents des risques psychosociaux. Les ressources humaines nous ordonnent de ne pas enregistrer les incidents et de ne rien faire avant d’attendre leur propre enquête, atteste Fajra Farah Alem, infirmière de santé au travail et représentante de la section FO dans l’entrepôt. Pour les accidents du travail, la direction nous a même demandé de renvoyer les salariés chez eux en taxi si le Samu s’oppose à mettre en place un transport d’urgence et ce, alors que le salarié nécessiterait un avis médical. L’idée de la direction est que les salariés consultent une fois rentrés chez eux. »
Des accusations graves, alors que la reconnaissance par la Sécurité sociale de trop nombreux accidents du travail peut entraîner une majoration de la cotisation payée par l’entreprise pour financer la branche de la Sécu dédiée aux accidents du travail et aux maladies professionnelles. Amazon dément en bloc les accusations. (...)
Selon des témoignages rédigés dans le cadre de procédures judiciaires, obtenus par Mediapart, plusieurs salarié·es d’Amazon expliquent pourtant avoir dû retourner au travail malgré des accidents. (...)
La direction émet des réserves pour 70 % des accidents du travail déclarés.
Fajra Farah Alem, élue Force ouvrière de l’entrepôt (...)
Dans un mail interne diffusé par la direction de l’entrepôt de Brétigny-sur-Orge, une consigne spécifique est en tout cas donnée dans les situations où des salarié·es viendraient déclarer des situations de « stress » ou de « mal-être ». Dans ce cas, l’infirmerie doit « prévenir les RH [ressources humaines – ndlr] qui feront l’enquête » et il n’y a « pas d’incidents à enregistrer dans l’immédiat ». « Nous l’inscrirons si nécessaire selon les résultats de l’enquête des RH », précise le message.
Dans l’entrepôt, l’ambiance est tendue entre l’employeur et les représentant·es du personnel (...)
Pour tirer les choses au clair quant aux consignes liées aux accidents du travail, au moins pour le périmètre de Randstad chez Amazon, le responsable syndical Mathieu Maréchal a déclenché le 24 octobre un droit d’alerte au niveau du groupe. Cela devrait lui permettre de lancer une enquête interne sur le sujet. Pour l’heure, Randstad explique attendre les « éléments nécessaires à la constitution du droit d’alerte ».
Selon les tout derniers chiffres officiels, presque 2 150 accidents du travail ont lieu chaque jour en moyenne en France. Et, toujours en moyenne, deux personnes y perdent la vie quotidiennement.