L’île de Noirmoutier, située aux deux tiers sous le niveau de la mer, est condamnée par la montée des eaux. En attendant, la population apprend à vivre avec des risques accrus d’inondation.
« Ça me semble un peu illusoire de trop investir sur l’île. J’ai dit à mes filles : "Quand vous en hériterez, gardez la maison si elle vous plaît, mais sinon, vendez-la rapidement avant qu’une inondation ne fasse baisser les prix." » Alain Andromaque vit à Noirmoutier, dont les deux tiers du territoire se situent sous le niveau de la mer. Sur cette île située au large de la Vendée, et qui accueille près de 10 000 habitants à l’année et 100 000 l’été, l’océan a toujours constitué à la fois une menace et un atout. (...)
Noirmoutier, « c’est un énorme cordon sableux qui fait face à l’océan, explique Axel Creach, maître de conférences en géographie à Sorbonne université. Derrière, il y a toute une zone basse qui a été poldérisée. Ce sont des zones où la mer viendrait à chaque grand coefficient de marée si elles n’étaient pas protégées par l’Homme. » Cette spécificité a permis l’implantation de marais salants, qui, avec les pommes de terre, font la renommée de l’île. (...)
En contrepartie, Noirmoutier n’a pas attendu le changement climatique pour essuyer de nombreuses catastrophes naturelles. (...)
À Noirmoutier, les sociétés humaines mènent ainsi « une lutte permanente face à la mer. Il faut tenir ce territoire », résume Marc Robin, responsable scientifique de l’observatoire régional des risques côtiers des Pays-de la Loire.
Jusqu’à 80 cm de hausse du niveau de la mer
Seulement, le changement climatique vient accroître les risques de submersion marine qui pèsent sur l’île. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le niveau de la mer devrait augmenter d’environ 43 centimètres d’ici à 2100 dans le scénario de faibles émissions de gaz à effet de serre, et de plus de 80 centimètres dans le scénario de fortes émissions. (...)
En plus d’entraîner l’inondation des secteurs les plus bas, la hausse du niveau marin favorise l’érosion des côtes, et notamment des cordons dunaires qui protègent une large partie de la façade ouest de cette île vendéenne, la plus exposée aux vents et aux tempêtes. (...)
« Nous n’avons pas d’autre choix que d’essayer de résister » (...)
La communauté de communes, qui pilote le Papi, se fixe comme objectif de rehausser l’ensemble des ouvrages de protection à 5,05 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette hauteur correspond au niveau atteint lors de la tempête Xynthia en 2010, soit 4,2 mètres, plus 80 centimètres de hausse de niveau marin. « Au moins 80 % des zones à protéger le seront à la fin du programme » qui aura coûté au total près de 27 millions d’euros, se félicite Dominique Chantoin. Les concertations pour l’élaboration d’un nouveau Papi débuteront en 2023, pour une entrée en vigueur l’année suivante. (...)
Le PPRL, document élaboré par l’État, suscite plus de polémiques. Cet outil cartographie les risques de submersion marine et réglemente notamment l’urbanisation des zones exposées. Celui de Noirmoutier est, à la connaissance des interlocuteurs contactés par Reporterre, le seul PPRL en France ne prenant pas en compte le réchauffement climatique. Résultat, des zones qui seront inondables dans quelques décennies sont actuellement constructibles. Une aberration dénoncée par l’association locale de protection de l’environnement, Vivre l’île 12 sur 12, membre de France Nature Environnement. (...)
Toutefois, la révision de ce PPRL devrait bientôt débuter, selon la communauté de communes et le document devra cette fois prendre en compte le changement climatique. (...)
« Cela provoque des réactions forcément difficiles du côté de la population. Si vous aviez un peu de réserve foncière à transmettre à votre enfant, c’est fini », analyse Marc Robin.
« Le fait que ce soit un territoire exposé au risque, ça n’est pas forcément grave du moment que les populations le savent », estime Axel Creach. C’est précisément là que réside le problème. Avec l’arrivée massive du tourisme dans les années 1960 et 1970, le profil de la population a changé. « On est passé d’une population qui vit de la mer à une population qui voit la mer », et qui est forcément moins sensibilisée aux risques auxquels le territoire est exposé, explique le chercheur.
À terme, l’île disparaîtra, explique Axel Creach (...)