Depuis un petit peu plus d’un an, un mouvement de solidarité s’est organisé à Briançon (Hautes-Alpes) pour venir en aide aux migrants qui arrivent d’Italie. Mais la situation se dégrade. Les renvois de migrants en Italie se multiplient et plusieurs bénévoles sont poursuivis en justice.
(...) Comme presque tous les migrants, Étienne a subi de très nombreuses violences dans le pays. Lassé de raconter son calvaire, il résume, laconique : "En Libye, on nous tabassait à longueur de journée."
Au refuge, comme Étienne, la plupart des migrants ne sont là que depuis quelques jours. Certains, arrivés il y a plus longtemps, ont été accueillis dans des familles de Briançon, d’autres ont quitté la ville - parfois sans rien dire - pour demander l’asile ailleurs. (...)
Les migrants fuient donc à la vue des policiers. Ces réactions de panique ont entraîné plusieurs accidents ces derniers mois. En mai dernier, le corps d’une jeune Nigériane a été retrouvé dans la Durance, près de Briançon. Elle serait tombée dans l’eau après avoir été surprise par des policiers avec deux autres migrants alors qu’ils marchaient sur la nationale 94 en direction de Briançon.
Les associations tiennent les policiers pour responsables de ces drames. Dans un communiqué publié le 14 mai, à la suite de la découverte du corps de la jeune femme, l’association Tous migrants annonçait avoir envoyé un signalement au procureur de la République afin de dénoncer les pratiques policières "reposant sur des guet-apens et des courses-poursuites". "Ces pratiques révoltantes, désavouées par nombre de policiers et gendarmes eux-mêmes, ont déjà occasionné plusieurs accidents parfois très graves […]", écrivait l’association.
Au Refuge solidaire, Roland passe une bonne partie de ses journées alité. Ce Nigérian de 28 ans a vu des policiers arriver alors qu’il marchait vers Briançon. Dans sa fuite, il a fait une mauvaise chute. Depuis, il souffre au niveau des cuisses. Une radio a montré qu’il n’avait rien de cassé mais il a encore du mal à marcher.(...)
Pour dénoncer les agissements de certains policiers, les bénévoles du Refuge recueillent le témoignage des migrants qui ont été violentés lors de leur passage de la frontière. Selon Benoît Ducos, plusieurs dizaines de cas ont déjà été répertoriés.
Interrogée par InfoMigrants, Cécile Bigot-Dekeyzer, préfète des Hautes-Alpes, souligne que "la première mission des forces de l’ordre" à la frontière italienne, depuis le rétablissement des contrôles aux frontières en 2015, est "de vérifier tous les documents d’une personne qui lui permettent de démontrer son identité et l’autorisent à entrer régulièrement sur le territoire de notre pays".
"Les forces de l’ordre ont la consigne absolue de respecter les règles de déontologie qui s’imposent à elles et d’exercer leur mission dans le respect des personnes, dans l’appréciation du risque", affirme la préfète, ajoutant que "jamais il n’a pu être donnée consigne aux forces de l’ordre de mettre les étrangers en situation irrégulière en situation de danger".
Pour les bénévoles des associations venant en aide aux migrants la situation est de plus en plus délicate. Benoît Ducos et six autres bénévoles – français, italiens et suisses - ont été convoqués au tribunal le 8 novembre.
Ils sont poursuivis pour aide à l’entrée irrégulière en bande organisée en raison de leur participation à la manifestation du 22 avril dernier, entre Claviere (Italie) et Briançon. Les participants – entre 150 et 200 personnes dont une vingtaine de migrants, selon le Dauphiné Libéré – avaient alors forcé un barrage de gendarmes à Montgenèvre avant de descendre le col à pied, rappelle le quotidien régional.
Engagé jusqu’en 2016 contre la construction d’une ligne à très haute tension (THT) dans la vallée de la Durance, Benoît Ducos explique avoir reçu la semaine dernière un rappel à la loi. "[Le document disait] : si vous vous tenez tranquilles pendant six ans, vous ne serez pas poursuivis pour des faits liés à la THT. Par contre, si pendant les six années qui viennent, vous avez le malheur de commettre le moindre délit, on vous poursuivra pour ces faits là et pour les faits liés à la THT".
Pour le bénévole du Refuge solidaire, ce rappel à la loi s’inscrit dans une "campagne d’intimidation" des bénévoles qui viennent en aide aux migrants. (...)