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À Aubervilliers, un nouveau camp de migrants grossit parmi les déchets
Article mis en ligne le 15 février 2020

Après l’évacuation des campements du nord de Paris, certains migrants - primo arrivants et ceux remis à la rue après une courte "mise à l’abri" - se dirigent à présent vers Aubervilliers, juste à l’extérieur de la capitale, où des dizaines de tentes et d’installations de fortune sont plantées sur un terrain plein d’immondices.

Quelques murmures s’échappent de certaines tentes. Sous d’autres, ça s’agite. Des occupants font glisser la fermeture éclair sur la toile, sortent de leur sac de couchage et chaussent, parfois, une simple paire de tongs qu’ils ont laissée dehors. À l’extérieur, au petit matin du vendredi 14 février, ils sont accueillis par une odeur nauséabonde. Au pied de leur lit de fortune, s’amoncellent des immondices : bouteilles en plastique, chaussures orphelines à moitié enfoncées dans la terre humide, papiers, gravats et objets en tout genre.

Sheriff Amadou, 23 ans, a encore les yeux embués par le sommeil. Il se tient droit, mains dans les poches de son sweat à capuche et bonnet vissé sur les oreilles - ses seules affaires, dit-il -. "Je n’ai ni vêtements, ni argent", explique ce jeune homme originaire de la Sierra Leone et arrivé en France le 9 janvier dernier. "Il y a quelques jours, je dormais dans le campement de la Villette qui a été démantelé. Après l’évacuation, je suis allé ailleurs, j’ai erré dans beaucoup d’endroits différents. Depuis trois jours, je suis là." (...)

Plus d’une cinquantaine de migrants ont trouvé un point de chute temporaire sur ce terrain vague situé sur la commune d’Aubervilliers, à une dizaine de minutes à pied de la porte de la Villette, dont le campement de migrants a été évacué le 4 février. Suite à cette évacuation, des dizaines de tentes ont fait leur apparition sur ce terrain niché entre le canal Saint-Denis et des immeubles résidentiels modernes. Elles sont venues grossir ce qui ressemble, depuis plusieurs mois déjà, à un mini bidonville. Des installations faites de palettes en bois, d’agglo, de bric et de brocs bordent ce terrain. Par-dessus ces sortes de cabanes, des couvertures, lestées de blocs de pierre attachés via de petites ficelles, ont été jetées, pour se protéger au mieux des fortes intempéries de ces derniers jours.

"Je préférais porte de la Chapelle"

"Ici ça pue. Et à l’intérieur de la tente, je manque d’oxygène", dit Némat, un Afghan de 29 ans, qui vient de passer sa première nuit sur place, sous une tente lambda. Cela fait deux mois qu’il est en France. À son arrivée, cet ancien chauffeur dans la province afghane de Logar, une région menacée par les Taliban, a pris, comme beaucoup de migrants, la direction de porte de la Chapelle, campement aujourd’hui lui aussi démantelé. "La Chapelle c’était mieux, estime-t-il. Il y avait tout là-bas : des médecins, des associations. Ici, il n’y a rien, que des déchets." (...)

aucune structure gérée par des associations n’est présente à proximité de ce terrain. Pour manger et se laver, les migrants d’Aubervilliers doivent se déplacer. Dès leur réveil, plusieurs petits groupes d’hommes quittent le terrain pour se rendre aux points de distributions de nourriture organisées le matin par l’Armée du salut, à la porte d’Aubervilliers. Némat, lui, trimballe des affaires de rechange dans un sac en plastique bleu : il se rend à la halte assurée par l’Armée du salut, à porte de la Chapelle, à 25 minutes à pied, pour prendre une douche. (...)

Les évacuations des campements du nord de Paris ont donné lieu à des opérations de "mise à l’abri", dans des centres ou des gymnases disséminés à travers la région parisienne. Nombreux pourtant dénoncent des opérations court-termistes n’offrant aucune solution concrète aux problèmes de ces migrants à la rue. (...)

Ainsi repoussés à l’extérieur de la capitale, ces migrants se retrouvent désormais directement sous les fenêtres de riverains. "Ces personnes sont évacuées mais elles reforment des camps aussitôt parce qu’elles ont besoin de leur réseau de solidarité", affirme une habitante du quartier, qui souhaite rester anonyme. "Et les voilà qui vivent sur un véritable dépotoir. Ce qu’il faut, ce n’est pas les évacuer, mais leur donner un accompagnement digne de notre République. Il ne faut pas les invisibiliser". Cette riveraine faire partie d’une "poignée" de voisins qui tentent d’apporter leur soutien - via le partage de soupe de légumes - à cette population. "La majorité des habitants sont plutôt effrayés par leur présence", dit-elle.

D’autres, en effet, assurent avoir déjà adressé plusieurs pétitions à la mairie d’Aubervilliers, pour dénoncer "cette occupation sauvage".