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La revue des medias (INA)
Un an après le retour de Trump : « Ceux qui nous ont remplacés sont des blogueurs d’extrême droite »
#USA #Trump #Journalistes
Article mis en ligne le 27 janvier 2026
dernière modification le 22 janvier 2026

Des médias publics affaiblis, des accès des journalistes aux points presse restreints, un reporter étranger expulsé… De retour à la Maison-Blanche depuis le 20 janvier 2025, Donald Trump a multiplié les assauts contre la liberté de la presse. Quatre journalistes touchés par ces décisions témoignent des évolutions de leur métier.

En premier lieu : la suppression des financements de l’US Agency for Global Media (USAGM), maison mère de nombreux médias publics comme la radio Voice of America, opérant notamment dans de nombreux pays autoritaires.

Tout au long de l’année, plusieurs médias ont été ciblés, comme Associated Press dont les journalistes ont été privés d’accès à la Maison-Blanche. Près de 8 000 pages web du gouvernement américain ont été supprimées, privant les journalistes et le public d’informations cruciales sur la santé, la criminalité et de nombreux sujets. Une soixantaine de journalistes ont été refoulés du Pentagone, faute d’avoir accepté de ne relayer que les informations officielles. En octobre 2025, un journaliste salvadorien a même été expulsé du pays. Il couvrait les questions migratoires depuis vingt-deux ans sur le sol américain. La multiplicité de mesures agressives envers les médias et les journalistes ont poussé Reporters sans frontières à alerter sur le risque de voir les États-Unis basculer dans l’autoritarisme.

Quatre journalistes installés aux États-Unis et concernés directement par ces mesures témoignent de l’évolution de leur métier en l’espace d’un an.

« Nous sommes en miettes »

Patsy Widakuswara, journaliste indonésienne-américaine, cheffe du bureau de la Maison-Blanche pour Voice of America :

jusqu’à présent, les décisions de la Cour nous ont toutes été favorables. Le 28 mars 2025, un juge a suspendu le licenciement de tous nos contractuels. Puis en avril, une autre décision enjoignait au gouvernement de permettre à VOA de reprendre ses activités. Les programmes ont pu reprendre en plusieurs langues, mais nous sommes aujourd’hui en miettes. VOA avait des centaines de journalistes, des techniciens, des directeurs de section… Tout ce qui permettait de faire tenir une énorme machine comme la nôtre. Aujourd’hui, rien de cela ne fonctionne. Nous n’avons plus les moyens de faire du journalisme. (...)

« Les Américains n’ont plus conscience de ce que l’armée fait en leur nom »

Tom Bowman, journaliste américain, correspondant au Pentagone « en exil » pour la National Public Radio (NPR) :

(...)

Le 15 octobre, on nous a demandé de signer un document dans lequel on s’engageait à ne publier que des informations validées par l’administration et à ne poser aucune question hors des canaux officiels. Nous n’étions plus des journalistes mais des communicants. Ce jour-là, j’ai quitté le bâtiment avec 60 autres journalistes. Depuis, nous n’y avons pas remis les pieds. Ceux qui nous ont remplacés ne sont pas des journalistes mais des blogueurs d’extrême droite (...)

« Leur objectif était de me faire craquer »

Mario Guevara, journaliste salvadorien, fondateur de MG News, arrêté et expulsé des États-Unis :

(...)

Quand le shérif vous passe les menottes alors que vous n’avez rien fait, c’est une sensation très douloureuse. (...)

Après trois jours, alors que toutes les charges ont été abandonnées contre moi, on m’a envoyé dans un centre de détention de l’immigration, en m’accusant de me trouver illégalement sur le sol américain. (...)

Le 3 octobre, après plus de cent jours de détention, j’ai été renvoyé au Salvador sans pouvoir dire au revoir à ma famille. Honnêtement, j’ai du mal à croire ce qui est en train d’arriver aux journalistes aux États-Unis. Après plus de vingt ans à vivre là-bas, je n’ai jamais vu ça. (...)

« Le système est devenu opaque et arbitraire »

Aurelia End, journaliste française, correspondante de l’AFP à la Maison-Blanche :

(...)

Un des invariants de ces derniers mois est d’ailleurs les attaques répétées envers des femmes journalistes, notamment sur leur apparence.

Face à une administration hostile et qui cadenasse de plus en plus les accès, il faut s’astreindre à trouver de nouvelles sources et à contourner les canaux officiels. »