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Mediapart
Trump nuira encore plus au climat que Biden
#Trump #urgenceclimatique
Article mis en ligne le 25 janvier 2025
dernière modification le 23 janvier 2025

La rafale de mesures anticlimatiques annoncées par le nouveau président américain ne doit pas faire oublier le mauvais bilan des démocrates au pouvoir : les États-Unis produisent aujourd’hui plus de pétrole qu’aucun autre pays dans l’histoire du monde et ne respectent pas leurs objectifs de baisse de CO2.

DepuisDepuis l’investiture de Donald Trump à la présidence des États-Unis lundi 20 janvier, chaque nouvelle seconde pèse lourd en émissions de CO2 et en pollution : retrait de l’accord de Paris sur le climat, moratoire sur les nouveaux permis d’éolien en mer et menaces sur certains projets autorisés, affaiblissement de la réglementation sur les forages pétroliers et les mines, mise en question du cadre juridique des politiques de réduction du dioxyde de carbone, remise en cause des aides aux voitures électriques, relance de terminaux d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL), doute sur le maintien de la protection de l’éperlan du delta – ce petit poisson au cœur d’une polémique entre Trump et le gouverneur de Californie, Gavin Newsom.

Sans oublier la suppression de programmes antipollution d’habitant·es de quartiers populaires. Et l’annonce mardi 21 janvier d’un gigantesque programme de centres de données, très énergivores, pour développer la nouvelle génération d’intelligence artificielle (IA).

Donald Trump a signé une rafale de décrets pour « libérer l’énergie américaine » quelques heures à peine après avoir prêté serment dans la rotonde du Capitole. (...)

Même si les volontés du président américain ne pourront pas toutes s’appliquer – certaines décisions devront passer devant le Congrès, plusieurs États disent vouloir maintenir leur politique climatique –, le message est aussi fracassant que limpide : l’action pour le climat, ça commence à bien faire.
Chiffres affolants

Malgré les effets de manche et les déclarations spectaculaires, la rupture avec le mandat de Joe Biden et Kamala Harris est en réalité loin d’être nette. Car les États-Unis n’ont jamais extrait et exporté autant de pétrole et de gaz que sous la présidence démocrate. La production de brut (crude oil) est aujourd’hui 70 % au-dessus de son niveau d’il y a huit ans, lors de la première élection de Trump.

Quant aux exportations de GNL, elles dominent aujourd’hui le marché mondial – alors qu’elles en étaient presque au niveau zéro en 2016. (...)

Les chiffres sont affolants, au regard des effets sur le dérèglement climatique de l’extraction des hydrocarbures : les États-Unis produisent aujourd’hui plus de pétrole qu’aucun autre pays dans l’histoire du monde, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). (...)

Concernant le gaz, autre énergie contribuant gravement au chaos climatique, les investissements dans les infrastructures (terminal portuaire, gazoduc, etc.) ont été si massifs sous la présidence démocrate que leurs exportations pourraient doubler dans les années qui viennent. Même si Joe Biden a décidé de mettre en pause de nouveaux projets de sites gaziers à la toute fin de son mandat, pas moins de cinq équipements sont en cours de construction dans le golfe du Mexique, pour une capacité estimée à 300 millions de mètres cubes supplémentaires par jour d’ici à 2027. En plus de la capacité déjà existante de 320 millions de mètres cubes exportables quotidiennement. (...)

Ce tsunami de pétrole et de gaz sur l’économie américaine est si puissant que les industriels du secteur ne veulent pas nécessairement produire davantage, inquiets qu’une hausse des volumes fasse baisser les prix de l’énergie et donc leurs profits. (...)

pour celui qui fut directeur du Centre énergie de l’Institut Jacques Delors : « Un point commun entre Trump et Biden, c’est qu’ils partagent l’objectif de sécuriser les ressources énergétiques. L’Inflation Reduction Act (IRA) soutient avant tout les énergies renouvelables et le nucléaire, mais il contient aussi des éléments qui soutiennent le pétrole et le gaz. Trump marque un changement de degré, mais pas de nature de politique énergétique. »
Responsabilité des démocrates

Les conséquences de la politique de Biden en faveur de toutes les énergies, y compris fossiles, se font cruellement sentir sur la trajectoire des émissions de CO2 des États-Unis : les rejets de carbone n’ont quasiment pas baissé en 2024 (− 0,2 % par rapport à l’année précédente), selon les expert·es du Rhodium Group. Le géant américain s’était pourtant engagé à les réduire de 61 % d’ici à 2020 – par rapport à 2005, dans le cadre de l’accord de Paris. (...)

Avec Trump, la politique climatique des États-Unis va se dégrader, de façon irrémédiable, et à un moment particulièrement dramatique, car c’est au contraire aujourd’hui qu’il faudrait renforcer les efforts. Leurs émissions de carbone pourraient ne baisser que de 24 à 40 % d’ici à 2030, loin des 61 % attendus, insiste le site spécialisé Carbon Brief.

Même si le ministre de l’énergie pressenti pour ce début de présidence Trump 2, Chris Wright, lui-même fondateur d’une compagnie pétrolière, a essayé de rassurer les parlementaires démocrates en assurant penser que le dérèglement climatique était un « défi mondial que [les États-Unis doivent] régler », et qu’il soutiendrait l’éolien et le photovoltaïque, l’élection de Trump est une catastrophe pour le climat.

Simplement, l’expliquer par la montée d’un « carbofascisme » et le climato-négationnisme désinhibé de Trump et du mouvement Maga est trompeur. C’est bien dans les insuffisances des engagements climatiques des démocrates qu’il faut en chercher les racines.