A plusieurs reprises, le ministre des Transports François Durovray a exprimé son intention de mettre la priorité sur la route. Une perspective en contradiction totale avec la nécessité écologique de développer un transport public ferroviaire de qualité. Analyse de Mathieu Relin, cheminot.
Des cars partout pour compenser l’absence du train
« On a parlé des trains, mais je pousse beaucoup pour des solutions routières par cars qui sont faciles à mettre en œuvre, qui sont beaucoup moins coûteuses ». Dans une interview à France Bleu Alsace, le ministre des transports François Durovray a clairement annoncé ses priorités. Ailleurs il déclare : « En train, jamais nous ne parviendrons à desservir finement l’ensemble du territoire » en opposant les 28 000 kilomètres de voies ferrées au million de kilomètre de routes.
Une dévalorisation du réseau de voies ferrées, proférée comme une fatalité, qui sert à défendre son projet de « Cars express » comme une mesure « écologique ». Ce dernier consisterait à remplacer la voiture individuelle par des cars, c’est-à-dire des transports collectifs. Le cynisme de telles déclarations ne peut que provoquer la colère chez les cheminots et les usagers qui font face depuis des années à la politique d’attrition du rail au profit de la route. Laura Varlet, cheminote au triage fret du Bourget et syndicaliste, a réagi aux propos du ministre sur le réseau social, les dénonçant comme du véritable « greenwashing ».
La réalité est en effet bien loin des propos du ministre des Transports : ce n’est pas en raison d’un réseau ferré insuffisamment dimensionné pour absorber les besoins de transport qu’il faut se rabattre aujourd’hui sur la route. C’est bien parce que tout a été fait pour favoriser la route depuis des années que le rail n’est plus aujourd’hui en capacité d’être le moyen de transport numéro un pour les personnes comme pour les marchandises.
Mais les cars express pourraient-ils effectivement devenir une réelle alternative à la voiture ? Il faut déjà tirer un premier bilan des cars Macron. Les nombreuses faillites n’ont laissé que deux concurrents, Flixbus et Blablabus, qui se partagent une clientèle jeune et fauchée qui prendrait volontiers le train si celui-ci n’était pas si cher. En effet les trajets sont longs et pénibles. (...)
Celui qui a hérité du ministère des Transports l’ignore peut-être mais aujourd’hui les trains du quotidien sont presque partout en sur-occupation et la seule réponse qu’apporte la SNCF, faute de moyens et de personnel, est de mettre en place la réservation obligatoire sur les trains TER. Autre exemple, en Alsace la SNCF annonce des perturbations entre Mulhouse et Bâle du 14 au 18 octobre, en raison « d’indisponibilité du matériel pour assurer le transport ». (...)
Liquidation de Fret SNCF… la solution, plus de camions ?
Face à cette situation, la CGT Cheminots et SUD-Rail ont interpellé le nouveau ministre, François Durovray, le 26 septembre. Les syndicats défendent un moratoire sur le « plan de discontinuité » afin de suspendre les mesures de liquidation du fret ferroviaire, décidée arbitrairement par l’exécutif qui souhaitait ainsi éviter d’éventuelles sanctions de la commission Européenne. En effet, cette dernière qui mène l’enquête depuis 2023, reproche à l’État français d’avoir injecté 5,4 Milliards d’euros à Fret SNCF, entreprise déficitaire. C’est donc prêt de 500 emplois qui sont menacés au travers d’une liquidation pure et simple de tout ce qui est encore rentable à Fret SNCF au profit d’entreprises privées.
Ce que ne dit pas l’Etat, qui s’empresse d’achever la bête, c’est que c’est la politique libérale, menée par les gouvernements successifs et sous couvert de l’UE, qui a provoqué la perte d’un tiers de volume des marchandises transportées par voie ferrée depuis 2006 au profit de la route qui détient aujourd’hui plus de 80% de la part de marché. Ce bilan catastrophique d’un point de vue écologique et économique devrait donner lieu à un virage politique à 180 degrés, mais ce n’est sans doute pas avec cet adorateur de la route que les choses vont changer d’aussi tôt. Preuve de l’amour de la macronie pour la route : c’est en 2019 que le gouvernement Borne ressort des cartons le projet routier de l’A69, et en fait une « priorité nationale » depuis combattue par les militants écolos. (...)
C’est une mutation profonde que nous devons opérer, qui impliquera de construire un rapport de force conséquent face au gouvernement et aux patrons qui orchestrent la casse du rail. L’état actuel du chemin de fer n’est pas une fatalité, et de ce point de vue-là, les propositions du nouveau ministre des Transports qui consistent à développer les cars express pour palier à l’absence de réseau ferré, tout en les faisant passer pour des mesures écologiques, ne doivent tromper personne. Sa volonté est en effet de poursuivre les politiques de destruction du chemin de fer orchestrées par les gouvernements successifs, de droite comme de « gauche », ces dernières années.
Si nous voulons avoir notre mot à dire sur ces questions, il faudra se mobiliser ensemble, à l’image de l’action organisée conjointement par SUD-Rail et des organisations écologistes au triage fret du Bourget en juin 2023 à l’occasion de laquelle des aiguilleurs de la région de Paris Nord s’étaient mis en grève. Un exemple d’alliance à généraliser et à renforcer dans les mois à venir. Les travailleurs du rail, les usagers et celles et ceux qui se soucient de l’écologie ont les mêmes intérêts. Il faut d’urgence établir, tous ensemble, un programme qui articule revendications sociales et écologiques, et un plan de bataille pour les arracher.