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Mediapart
Qui sera responsable pour Gaza, la ville qui se noie ?
#Israel #Gaza #Cisjordanie #genocide #famine #tortures #cessezleFeu
Article mis en ligne le 5 janvier 2026
dernière modification le 4 janvier 2026

Les inondations qui ont frappé la bande de Gaza ajoutent encore à la dévastation qui règne sur le territoire palestinien. Pourquoi le monde est-il silencieux ? Qui, un jour, devra rendre des comptes ?

Ma ville est inondée. L’eau envahit les tentes, le froid mord le corps des enfants. Les pays arabes et occidentaux regardent sans rien dire. Les yeux ouverts mais les cœurs fermés à double tour. (...)

La honte, ce n’est pas l’impuissance. La honte, c’est quand on renonce à sa capacité d’agir, c’est la main qui pourrait se tendre mais qui se glisse dans sa poche.

Rahaf est un bébé de 8 mois seulement. Trop jeune pour comprendre le monde autour d’elle, elle est morte de froid dans les tentes d’Al-Mawasi, à Khan Younès, début décembre. La tente et la bâche de plastique n’ont pas suffi à la protéger, et le monde était trop occupé à préparer ses fêtes de fin d’année. Rahaf est morte. Et le monde a continué, l’air de rien.

En ces jours de pseudo-cessez-le-feu, des maisons se sont effondrées sur leurs habitant·es. D’ailleurs, ce ne sont plus des maisons, ce sont des ruines. Cinq personnes sont mortes à Bir Al-Na’ja, à Beit Lahia (Nord), deux derrière un mur dans le quartier de Rimal à Gaza-ville, un enfant dans le camp de réfugié·es d’Al-Shati… Rahaf aussi. Deux maisons de plus se sont écroulées il y a quelques jours dans les quartiers de Karama et de Sheikh Radwan.
Des tombes, des numéros

Sous la pluie, le vent, dans les décombres, des gens crient. Seules celles et ceux qui se noient à côté les entendent.

Sous la pluie, le vent, dans les décombres, tous les cœurs qui battent encore pleurent celles et ceux qu’ils ont perdus. Des pleurs que nous sommes les seuls à entendre, pendant que le monde ignoble dort paisiblement au coin du feu. L’ONU et d’autres pays publient des communiqués, mais sans réellement agir.

Avez-vous entendu parler des tombes numérotées ? À Gaza, ce sont les corps non identifiés remis par l’occupant. Ils sont enterrés avec des numéros, dans l’espoir qu’ils soient identifiés plus tard, quand les tests ADN seront possibles. (...)

Au cœur de la ville inondée, la ligne jaune, qui devait être temporaire et sépare l’est et l’ouest de la bande de Gaza, est devenue une frontière rampante. Elle engloutit les distances et redessine silencieusement le territoire. Chaque point de passage qui se ferme empêche les gens de rentrer dans leur ferme ou leur maison en sécurité.

Les Gazaoui·es voient désormais le drapeau de l’occupant flotter le long de la ligne jaune. La distance qui les en sépare est courte. Mais elle est à découvert et les balles peuvent les toucher en une fraction de seconde. Chaque mouvement représente un risque. Les rêves de rentrer chez soi s’envolent. Imaginez-vous vivre et marcher en sachant qu’à tout moment, vous pouvez mourir d’une balle perdue ? (...)

Il y a quelques jours, des soldats ont abattu Zaher, 10 ans. Un char lui a roulé dessus, à l’est de Jabalia. C’est comme si son âme était devenue la route elle-même. Ailleurs, une telle horreur ébranlerait les cieux. Ici, nous supportons seul·es la colère, et sommes témoins de la réalité du terrain. (...)

Gaza n’est pas seulement une ville battue par la pluie, le vent, et le danger. Elle devient petit à petit une ville fermée, détruite, divisée, surveillée. Chaque mouvement est observé. Chaque rêve de retour est entravé. Le danger est là, tapi à chaque coin de rue.

Aujourd’hui, il n’y a pas d’avenir clair pour Gaza. Gaza est l’exemple vivant d’une ville qui se noie, entre l’occupant et le silence du monde.

Et je reste avec une question. Elle tourne dans ma tête chaque seconde, comme dans le tambou(...) (...) (...)