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Mediapart
Quand Trump s’attaque aux personnes trans, le pays leur tourne le dos
#Trump #USA #Transphobie #repression #discriminations
Article mis en ligne le 30 décembre 2024
dernière modification le 28 décembre 2024

« Je signerai des décrets pour mettre fin aux mutilations sexuelles des enfants, dégager les transgenres de l’armée et les exclure des écoles primaires, des collèges et des lycées. »

Le 20 janvier 2025, le milliardaire reviendra à la tête de la plus grande puissance mondiale, après avoir largement battu son adversaire Kamala Harris à l’élection présidentielle. C’est au cours de ce tout premier jour, « pas le deuxième, pas le troisième », insiste-t-il, qu’il entérinera une politique transphobe répressive de grande ampleur dans tout le pays.

(...) Quand Trump se disait contre la « loi des toilettes »

La trajectoire de la « bathroom bill » (pour « loi des toilettes ») est un excellent exemple pour prendre la mesure de la montée en puissance de l’offensive transphobe outre-Atlantique.

En avril 2016, un mois avant qu’il ne devienne le candidat du parti à l’élection présidentielle, le milliardaire est interrogé sur cette loi passée en Caroline du Nord, qui oblige les personnes trans à utiliser les toilettes qui correspondent au sexe qui leur a été assigné à la naissance. « Laissez les choses comme elles sont ! répond-il du tac-au-tac. Il y a très peu de problèmes et de plaintes. Les gens utilisent les toilettes qu’ils estiment appropriés pour eux ! »

Bien sûr, le candidat ne vient pas de se découvrir une fibre « woke » : son inquiétude vient des retombées économiques négatives de grande ampleur qui frappent la Caroline du Nord. Des acteurs financiers comme la Deutsche Bank ou PayPal gèlent leurs projets d’expansion sur le territoire. (...)

Pendant cinq ans, c’est ensuite le calme plat. « Les législations anti-trans ont été mises de côté, commente Erin Reed, journaliste et militante pour les droits des personnes trans, auprès de NPR. Ils ont pris du temps pour se remettre de cet échec. Et ils ont commencé à préparer l’avenir. »
Les femmes trans interdites de compétition sportive

Le grand come-back de la lutte anti-trans n’est pas passé par les WC, mais par le sport. C’est paradoxalement au cours du mandat présidentiel démocrate de Joe Biden (2020-2024) qu’ont été rendues audibles les violentes critiques envers la participation de personnes trans aux compétitions sportives.

Ces attaques ont surtout visé les femmes trans, accusées de disposer de capacités physiques supérieures à celles des femmes cisgenres – bien que l’état actuel de la science ne le démontre pas, la prise d’hormones visant à faire baisser leur taux de testostérone ayant plutôt un effet négatif sur leurs performances.

En 2021, dix États font alors passer des lois qui interdisent aux personnes trans de participer à des compétitions sportives dans le cadre scolaire. En 2024, c’est désormais la moitié des États-Unis qui fait appliquer cette interdiction, touchant ainsi 37 % des adolescent·es trans de 13 à 17 ans dans le pays, selon une estimation du Movement Advanced Project, un think tank progressiste qui recense toutes les lois anti-LGBTI. (...)

C’est aussi en 2021 que reprend parallèlement l’offensive des États conservateurs contre l’accès des personnes trans aux toilettes dans les espaces publics. (...)

Huit ans après le tollé en Caroline du Nord, ces interdictions « semblent désormais ne provoquer rien de plus qu’un haussement d’épaules », relate NBC News. L’époque où les entreprises se montraient prêtes à faire une croix sur de potentiels profits pour maintenir une image progressiste semble lointaine.

Le courage politique ne fait pas non plus partie de l’ADN des géants de la tech, qui ont depuis un moment déjà courbé l’échine devant Donald Trump, ses dirigeants se pressant même pour le rencontrer et financer sa cérémonie d’investiture le 20 janvier prochain.

Le premier à avoir ouvert la marche s’appelle Elon Musk, célèbre patron de SpaceX ou Tesla, et plus grand donateur politique de l’histoire récente américaine, avec 270 millions de dollars en faveur de Donald Trump. L’homme le plus riche du monde, désormais considéré comme le bras droit de Trump, est l’une des figures les plus influentes de la lutte contre les droits des personnes trans. (...)

Au-delà des enjeux financiers se joue également la peur des représailles venant de l’extrême droite américaine. En 2023, l’entreprise de grande distribution Target a dû retirer de l’avant de ses 2 000 magasins ses produits floqués aux motifs du « Mois des fiertés », après avoir reçu « des menaces », justifiant une mesure prise pour « la sécurité du personnel ».

Cette année, c’est Walmart – qui emploie 1,6 million d’États-Uniens – qui a décidé de revenir sur ses investissements dans des programmes de diversité et de retirer certains produits aux couleurs LGBTI+ des rayons.

Sur le plan culturel, le géant du divertissement Disney a confirmé avoir effacé la transidentité d’un·e personnage dans sa grande série Pixar (...)

Les démocrates ont lâché l’affaire

C’est dans ce climat de backlash – un terme qui décrit l’intensification des attaques venant des forces conservatrices à l’encontre de personnes minorisées, après que celles-ci ont obtenu des droits ou une meilleure visibilité de leurs existences – que le parti démocrate a largement abandonné la cause trans, alors même que Donald Trump en faisait son combat numéro un. (...)

Kamala Harris a brillé par son silence, refusant à la fois de s’exprimer sur les soins aux mineur·es trans et sur l’accès aux compétitions sportives. (...)

Depuis que Donald Trump a largement gagné l’élection américaine, des élus démocrates accusent d’ailleurs leur camp de ne pas avoir contre-attaqué. Certains, à l’image du représentant du Massachusetts Seth Moulton, assurent même qu’il aurait fallu que le centre-gauche se positionne contre l’accès des femmes trans aux compétitions sportives féminines, pour ne pas laisser les Républicains seuls sur ce terrain.

C’est dans ce climat d’apathie politique, de peur de l’extrême droite et d’allégeance financière que Donald Trump peut désormais assurer sans sourciller qu’il va faire disparaître les personnes trans de certains espaces. (...)