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Préface d’Antonio A. Casilli à l’ouvrage de Olivier Ertzscheid : L’appétit des géants. Pouvoir des algorithmes, ambitions des plateformes
#plateformes #algorithmes #resistances
Article mis en ligne le 9 février 2026
dernière modification le 3 février 2026

une entité algorithmique est surtout un simulacre. En la poursuivant, chacun se trompe.

La deuxième proie d’Olivier Ertzscheid est l’ombre même. Ainsi, pour être certain d’en saisir les traits distinctifs, l’auteur se doit de multiplier les prises de vue en adoptant un double regard, de chercheur et de blogueur militant. Ni orilège ni abrégé, son ouvrage constitue, par rapport au blog affordance.info qu’il anime avec succès depuis plus d’une décennie, une sorte de propriété émergente – une synthèse qui offre davantage que la somme des billets

Deux enjeux s’avèrent ici centraux : celui de la régulation de l’innovation et celui de la capacité d’agir des citoyens- usagers. (...)

mystification d’une société frictionless qui gomme la régulation et qui dissimule la nature collective des plateformes. Chaque utilisateur se croit seul face à des milliards d’autres utilisateurs qui, paraît-il, ne protestent pas auprès des autorités préposées, ne disputent pas les abus devant les cours de justice, ne contestent pas les comportements de prédation auprès d’agences étatiques. Pourtant la réalité des résistances et des conflits qui émaillent la vie des plateformes est différente, et tourne autour de négociations collectives qui constituent, elles aussi, des mécanismes de régulation. (...)

Certes, l’usager collabore par sa volonté à son salut, pour ainsi dire. Mais cela ne revient pas à négliger le rôle des plateformes ni leurs efforts reconnus de « mise en obéissance » des publics. Finalement la posture épistémique adoptée dans cet ouvrage consiste à ne pas circonscrire explicitement le périmètre de la capacité d’agir des usagers, mais de le donner à voir en creux, en s’attardant sur son négatif – les tentatives de surdétermination par les plateformes. Leur volonté de désamorcer l’autonomie de leurs usagers, de stigmatiser leurs comportements les plus libres, d’envisager toute expérimentation comme une forme de sabotage refrène l’individu et complexifie tout essai d’émancipation. (...)

L’algorithme n’existe pas, parce qu’il n’est que le prétexte pour un ensemble de décisions directes des acteurs des plateformes ciblant les communautés des usagers. (...)

Force est d’admettre que la croyance collective de nos contemporains en un processus automatique objectif, efficace, exact, à la fois intelligible et imperscrutable, n’est qu’une superstition. (...)

Mais si l’on peut affirmer que les algorithmes n’existent pas c’est aussi pour une autre raison : pour fonctionner, ils ont besoin de l’intervention humaine. Qui plus est, ils ne peuvent pas s’en passer. Au fond, ils ne sont que du travail humain dissimulé. (...)

Les contenus générés par les utilisateurs sont monétisés ; les données personnelles servent pour entraîner et calibrer les processus d’apprentissage automatique ; les comportements de tri, filtrage, sélection, annotation, partage et qualification de l’information sont transformés en autant de micro-tâches réalisées par les humains, et non pas par les algorithmes. Ces services contribuent à la valorisation gargantuesque des géants d’internet et des licornes.

La servicialisation ne sera freinée que par une action collective visant à garantir les droits des usagers sur leurs informations. (...)

Olivier Ertzscheid : L’appétit des géants
Pouvoir des algorithmes, ambitions des plateformes
CFE Editions, Caen 2017, 284 pages, 20 euros