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Marie-Claude Saliceti
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Disclose
Pollution aux PFAS dans les champs : « Le monde agricole va tomber de haut »
#PFAS #pollution
Article mis en ligne le 10 mars 2026
dernière modification le 5 mars 2026

Pendant huit mois, Disclose et France 3 ont enquêté sur un pan méconnu de la contamination aux « polluants éternels » : les boues d’épuration utilisées comme engrais sur les terres agricoles. De notre campagne d’analyses, menée avec un laboratoire universitaire, à la rencontre publique avec les habitant·es de la Meuse et des Ardennes, récit d’une investigation sur une pollution hors-norme.

Les PFAS sont partout : dans les terres, dans l’eau mais aussi dans le sang – des analyses biologiques que plusieurs habitant·es nous ont fournies montrent la présence de certains PFAS dans des proportions inquiétantes. (...)

« Dans le monde agricole, on va tomber de haut », lance un participant à voix haute. Les questions fusent. Peut-on continuer à utiliser l’eau polluée pour cuisiner des pâtes, comme l’affirme la préfecture ? « Mauvaise idée », répond Sébastien Sauvé, expliquant que les PFAS se concentrent dans les aliments qui absorbent l’eau. Cette pollution présente-t-elle des risques pour la santé ? « Il y a bien un sur-risque », explique Kildine Le Proux de La Rivière, membre de l’ONG Générations Futures, également présente à l’évènement.
L’accès à l’information entravé (...)

Assez vite, nos soupçons se focalisent sur une usine papetière à Stenay, dans la Meuse. Son ancien propriétaire, le groupe Ahlstrom, pourrait avoir épandu sur les terres environnantes un engrais issu de ses eaux usées. Des « boues » aux vertus fertilisantes… remplies de PFAS. (...)

En recoupant des milliers de pages de documents (bilans d’épandage de boues, bordereaux de suivi de déchets, rapports d’Ahlstrom communiqués aux autorités…), nous obtenons trois informations capitales :

  • Un : Ahlstrom appliquait bien des PFAS sur ses emballages. Des composés susceptibles, donc, de s’être propagés dans les eaux usées de l’usine, et in fine dans ses boues d’épuration ;
  • Deux : ce sont au moins 44 communes qui pourraient avoir reçu les boues de l’industriel — contre seulement 16 visées par une interdiction de consommer l’eau du robinet ;
  • Trois : environ 350 000 tonnes de ces déchets ont été disséminées sur les champs du secteur.

La plus grave pollution détectée dans un sol agricole (...)

Un scandale national

Une question revient en boucle tout au long de cette enquête : et si ce scandale sanitaire et environnemental s’était produit ailleurs en France ? En élargissant nos recherches aux 100 sites industriels français qui émettent le plus de PFAS, nous percevons l’ampleur du danger : pour 23 d’entre eux, des déchets potentiellement toxiques ont récemment fini dans les champs — vous pouvez retrouver leur localisation sur cette carte.

Plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles sont concernées (...)

Une semaine après la publication de nos révélations, le ministère de la santé n’a toujours pas donné suite aux demandes des habitant·es de la Meuse et des Ardennes, pour qu’une étude épidémiologique soit menée sur leur territoire. Même silence du côté du ministère de la transition écologique et de celui de l’agriculture. (...)

Le gouvernement doit bien présenter un projet de loi « d’urgence agricole » d’ici la fin mars. La contamination de la chaîne alimentaire par les boues chargées de PFAS ne figure cependant pas à l’ordre du jour. Pas assez « urgente » ?