Une étude commandée par le chimiste met en lumière la forte imprégnation aux PFAS des nappes phréatiques présentes sous le site de la multinationale et à ses abords, à Saint-Aubin-lès-Elbeuf. Le document révèle l’existence d’un autre foyer de pollution majeur à proximité.
Depuis la découverte, en novembre 2024, de rejets record de polluants éternels dans la Seine – jusqu’à 176 kilogrammes en une seule journée –, le site de production de pesticides de BASF, à Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Seine-Maritime), est entré dans une zone de turbulences. En juin 2025, sept associations ont déposé plainte et, le 17 novembre, plusieurs centaines de militants sont allés jusqu’à bloquer l’usine. Le Poulpe, partenaire de Mediapart, révèle aujourd’hui le contenu d’un document exclusif qui éclaire un nouveau pan de la contamination : celle de la nappe phréatique.
Il s’agit d’une étude dite « d’investigations sur les eaux souterraines », commandée par l’industriel allemand à la demande de l’État. Finalisée le 12 novembre, elle a consisté en la réalisation, entre avril et mai 2025, de soixante-cinq nouveaux prélèvements dans les nappes présentes sous le site et dans les environs. L’un des objectifs était d’y rechercher la présence de PFAS, une large famille de substances surnommées « polluants éternels » en raison de leur grande résistance et de leur toxicité.
Une de ces substances était spécifiquement dans le viseur : le TFA, ou acide trifluoroacétique. Retrouvé par dizaines de kilos dans les rejets de BASF en 2024, ce composé chimique inquiète du fait de son extrême persistance dans l’environnement – une fois émis, il peut y perdurer des décennies – et de son omniprésence, y compris dans l’eau potable. (...)
C’est à proximité de la station d’épuration, d’où partent vers la Seine les effluents contaminés de la plateforme chimique, que l’un des points chauds de pollution au TFA est identifié, plus précisément dans la nappe peu profonde des alluvions.
D’après le rapport, le taux s’élève ici à 460 microgrammes par litre (µg/l). Soit plus de sept fois la limite sanitaire indicative pour l’eau potable en France, fixée à 60 µg/l, utilisée comme valeur de référence dans le document. Mais c’est aussi 209 fois supérieur à la limite néerlandaise, plus protectrice, qui s’établit à 2,2 µg/l. (...)
Des taux dépassant de 150 fois la limite pour l’eau potable
Si l’origine de la contamination de ce secteur est ici suggérée, les auteurs ne se risquent pas à établir un lien direct entre les activités de BASF et les autres agglomérats de pollution, plus vastes et concentrés encore, qui touchent les eaux souterraines de la plateforme. Tout en reconnaissant que « peu de données sont disponibles à proximité des zones de stockage et d’utilisation du TFA par BASF », les points de prélèvements les plus proches se trouvant à « 50 mètres en amont et 100 mètres en aval ».
Une zone qui « s’étend en limite ouest du site » de BASF, à l’extérieur de son emprise géographique, apparaît comme particulièrement atteinte par la pollution. (...)
L’étude met également en évidence l’existence d’un autre foyer majeur de pollution aux PFAS sur la commune de Saint-Aubin-lès-Elbeuf, qui pourrait expliquer en partie l’apparition de tels niveaux de contamination. Il s’agit d’une ancienne carrière, située en limite nord extérieure du site de BASF, où des exercices anti-incendie auraient eu lieu par le passé.
Certaines mousses utilisées pour lutter contre le feu sont connues pour être chargées en polluants éternels. C’est en bordure de ce site que le taux de TFA le plus élevé est observé : 780 µg/l. La somme des autres PFAS atteint jusqu’à 6 à 9 µg/l en fonction de la profondeur à laquelle l’eau a été prélevée.
Déchets enfouis et exercices anti-incendie (...)
Selon un rapport de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) de février 2025, près de 3 000 tonnes de terres imprégnées de PFOA et de PFOS ont dû être excavées de cette ancienne carrière. (...)
D’après la préfecture de Seine-Maritime, un « plan d’action » était attendu de la part de BASF à l’issue du travail de recherche mené dans les eaux souterraines du site. Mais celui-ci n’est pas détaillé dans le document consulté par Le Poulpe. Sollicitée, la multinationale, premier groupe chimique au monde, avec 65,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, n’a pas donné suite.