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Orwell avait tout prédit : de “1984” à Trump, une dystopie totalitaire devenue réalité
#Orwell #1984 #dystopie
Article mis en ligne le 19 février 2026
dernière modification le 16 février 2026

L’écrivain britannique avait imaginé l’avènement d’un monde de surveillance et de manipulation de la vérité pour 1984. Il aura fallu quelques décennies de plus, mais nous y sommes. Démonstration prochainement dans les salles avec un documentaire choc de Raoul Peck.

En 1984, à la fin du siècle dernier, George Orwell est une figure en vogue de la culture populaire. Tout le monde le connaît sans l’avoir vraiment lu. « Il est dans l’air », dit Terry Gilliam, cinéaste de la bande des Monty Python, qui s’apprête à tourner Brazil, sa propre fable dystopique, sans s’être immergé dans l’œuvre dont il reprend les motifs sur le ton de la satire surréaliste (« je n’avais pas lu 1984, mais je savais ce que c’était »). L’époque est frivole, l’argent fou, la consommation triomphante, le communisme brûle de ses derniers feux. La plus spectaculaire citation de 1984, roman écrit en 1948 où George Orwell raconte l’avènement cauchemardesque d’une société totalitaire, est un luxueux spot publicitaire, signé Ridley Scott, diffusé en grande pompe par Apple pendant le Super Bowl pour propulser son premier Mac sur le marché : « Vous verrez pourquoi 1984 ne ressemblera pas à 1984 ! »

L’écrivain de science-fiction Isaac Asimov prédit que les progrès technologiques prouveront que le romancier anglais a fait fausse route. (...)

Et soudain, l’écho se fait insistant, Orwell revient. Sa pensée retrouve toute sa substance. Son nom n’est plus la seule racine d’un sombre adjectif — « orwellien » — utilisé à toutes les sauces (plus encore que « kafkaïen », selon les évaluations du New York Times). (...)

La stupeur est générale, la menace prend corps sous l’étendard de la démocratie. Trump peut-il manipuler l’information à sa guise ? L’heure est-elle venue du « ministère de la Vérité » où travaille Winston Smith, le héros de 1984 (« Le Parti vous disait de ne pas croire vos yeux et vos oreilles. C’était son commandement le plus essentiel ») ? (...)

les ventes de 1984 s’envolent aux États-Unis — une hausse de 10 000 % (...)

La CIA se servait de ses écrits pour alimenter la propagande antisoviétique, aidant au financement d’une adaptation cinématographique de La Ferme des animaux en 1954 et favorisant l’envoi de milliers d’exemplaires de 1984 de l’autre côté du rideau de fer. L’image de l’écrivain socialiste antifasciste se brouillait d’autant plus facilement qu’il est mort jeune, à 46 ans, quelques mois après avoir achevé 1984 dans la douleur, sans avoir eu l’occasion d’accompagner son œuvre phare dans le débat public. (...)

Les héritiers d’Orwell lui offrant les droits de l’intégralité de ses écrits, Raoul Peck a commencé par tout lire : « J’ai découvert un auteur qu’on avait éloigné de moi et en qui j’ai vite reconnu un frère et un compagnon de route. Il n’est jamais prisonnier de l’idéologie mais fait l’expérience de ce qu’il écrit. On ne peut pas le réduire à une dystopie : il n’écrit pas sur l’avenir mais sur ce qu’il a vécu. » (...)

Bien avant que le reportage au long cours soit en vogue, Orwell fait du journalisme un art. (...)

En Espagne, où il combat dans les rangs du POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste) fin 1936 et début 1937, Orwell fait l’expérience d’un socialisme révolutionnaire, démocratique, partageur, égalitaire — « Nous avions le sentiment d’appartenir à une communauté où l’espoir était plus normal que l’apathie ou le cynisme. » Le rêve est vite brisé. (...)

La guerre d’Espagne est un tournant, elle donne à Orwell « l’horreur de la politique ». Les idées de 1984 sont en germe : la négation des événements et les accusations fabriquées, la terreur d’État et la paranoïa politique. « L’idéologie est venue détruire ce que l’homme a construit, dit Raoul Peck. Il en a été infiniment blessé mais il n’a jamais renoncé à ses idéaux socialistes. » (...)

En 1936, l’écrivain avait rendu visite à l’un de ses rédacteurs en chef : « Je pars en Espagne, avait-il dit. — Pourquoi donc ? — Ce fascisme, il faut bien qu’on l’arrête. » (...)

Orwell : 2 + 2 = 5, documentaire de Raoul Peck. Sortie en salles le 25 février.