Bandeau
mcInform@ctions
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Vacarme
nouveaux fascismes ?
enquête sur les droites en Europe
Article mis en ligne le 23 avril 2011
dernière modification le 16 avril 2011

« On ne dit pas fascisme comme ça pour un oui ou pour un non. Je ne dis pas fascisme comme ça pour un oui ou pour un non.(...)

Le fascisme, en Espagne par exemple, c’est petits tricornes noirs de toreros et mitraillettes sur torses nus suants, c’est mains sur la tête, c’est rue dégagée en 30 secondes, c’est exécution au garrot vil (…). Le fascisme, c’est la détention administrative : tu rentres en prison, tu ne sais pas quand tu sortiras, tu ne sais pas si tu sortiras. Le fascisme, c’est quand tu ne peux rien dire chez toi, et surtout rien au téléphone ; si tu veux dire quelque chose, même anodin, intime, tu ne peux pas le dire chez toi, tu dois aller loin, dans la nature, ou dans un endroit bruyant, bord d’autoroute, hypermarché.
(...)

Ainsi le fascisme peut être décrit en une poignée de phrases — net.

Et pourtant non.

Pourtant pas seulement.

Le fascisme n’est pas seul, pas toujours seul. Pas toujours si net, découpé.(...)

Ce chantier se loge dans le choc provoqué par la violence mise en œuvre l’été dernier — en actes et mots — à l’encontre des populations roms, par un pouvoir prompt à désigner des boucs émissaires et à livrer à la vindicte des catégories de populations. À cela s’est ajoutée une cohorte d’autres faits inquiétants : débat piégé sur l’identité nationale ou la laïcité, politiques de plus en plus sévères à l’égard des étrangers, stigmatisation des populations issues de l’immigration ou confusion entretenue entre aspiration à la sécurité et besoin d’ordre. Dans ce contexte délétère, les insultes faisant référence aux années les plus sombres de notre histoire ont fusé : années 1930, fascisme rampant, vichysme… Et ce background historique semble devoir nous accompagner au moins jusqu’en 2012, puisque Christian Jacob reproche à Dominique Strauss-Kahn de n’être pas « terroir » ou que le MJS (Mouvement des jeunes socialistes) produit une image travestissant Sarkozy en Hitler.Plusieurs mises au point d’historiens ont permis de montrer que, certes, comparaison n’est pas raison. Mais l’histoire enseigne aussi qu’il n’existe ni régime, ni territoire, ni époque étanche aux embrigadements totalitaires ou aux idéologies destructrices.(...)

La qualification de facho ne doit pas servir à dire : « Là, ils vont trop loin », tout en maintenant les politiques en question sur le mode mineur, de telle sorte qu’elles restent apparemment compatibles avec l’esprit républicain. Si la qualification de facho indique que la gauche, au seuil de la campagne présidentielle, tourne résolument le dos à ce qui pue, on peut l’entendre. Pas s’il s’agit pour elle de continuer à glisser à droite, mais pas trop.(...)

Refuser le soulagement, provisoire, de nommer la bête peut, in fine, permettre de mieux la combattre, parce que cette bête immonde est aussi un animal politique. Celui-ci joue sur les démons qu’il agite, et prospère sur la sidération qu’il suscite.(...)

Il s’agit, en premier lieu, de mettre à nu les discours de ceux qui nous gouvernent (Dominique Dupart, p. 55) pour se réapproprier l’énonciation. Il s’agit ensuite de comprendre les processus et les ressorts de ces politiques du pire : redéploiements sinueux et orientés des politiques locales (Yannick Barthélémi, p. 32), jeu sur l’imbroglio et le brouillage politiques (Lynda Dematteo, p. 50), ou inacceptable traitement des flux migratoires à l’échelle européenne (Claire Rodier, p. 36).(...)
Wikio