Au Bangladesh, les réfugiés rohingyas espèrent que le procès ouvert lundi à la Cour internationale de justice aboutira sur une reconnaissance des crimes commis par l’État birman contre la communauté musulmane. La décision de la Cour, attendue le 29 janvier, pourrait mener à une condamnation de la Birmanie pour génocide.
Le procès, ouvert lundi 12 janvier, doit examiner la plainte déposée par la Gambie contre la Birmanie, accusée d’actes de génocide – meurtres, viols, destructions – sur la minorité musulmane en 2017.
Cette année-là, près d’un million de ses membres ont fui la répression de l’armée et des milices bouddhistes pour s’installer en urgence au Bangladesh voisin. (...)
"Ma maison a été détruite", poursuit cette mère de deux enfants. "J’ai fui avec mon mari et deux beaux-frères sans nourriture et en laissant tout sur place. J’ai appris plus tard qu’ils avaient saisi toutes mes terres."
Jusqu’au 29 janvier, la CIJ doit entendre à huis clos des témoins des événements de 2017, puis les plaidoiries des avocats de la Gambie et de la Birmanie.
Les décisions de la plus haute instance judiciaire des Nations unies sont contraignantes et sans appel mais celle-ci n’a aucun moyen de les faire appliquer. (...)
"Rendra aux victimes leur dignité"
Militant pour la défense des droits des réfugiés rohingyas, Maung Thein Myint souligne la portée symbolique des audiences qui débuteront lundi.
"J’espère que la Cour reconnaîtra clairement que ce dont les Rohingya ont souffert relève du génocide : une tentative délibérée et systématique de l’État (birman) de mettre fin à notre existence", souligne-t-il.
"Seule cette reconnaissance rendra aux victimes leur dignité (...) et entretiendra nos espoirs de justice et d’un retour sûr, volontaire et digne au pays", estime Maung Thein Myint. (...)
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La question du génocide des Rohingyas – une minorité musulmane de Birmanie – est de nouveau posée à la Cour internationale de justice à partir de ce lundi 12 janvier 2026. Par la voix de son ministre de la Justice, la Gambie, mandatée par l’Organisation de la coopération islamique (OCI) pour saisir la Cour principale de l’ONU, a affirmé en ouverture des débats que l’armée birmane avait délibérément ciblé cette communauté pour l’anéantir. (...)
Au total, 10 000 membres de cette minorité musulmane avaient été tués et plus de 700 000 ont dû fuir au Bangladesh, où ils vivent toujours depuis bientôt une décennie. Peu après avoir été saisis, les juges avaient ordonné au pouvoir en place à l’époque d’empêcher tout acte génocidaire.
À La Haye, plusieurs témoins – victimes et experts – seront appelés à la barre. Mais ces auditions se dérouleront à huis clos.
Un potentiel précédent juridique
Lors d’audiences préliminaires en 2019, les avocats de la Gambie avaient présenté des preuves de ce qu’ils ont qualifié de « meurtres insensés », et « d’actes de barbarie qui continuent de choquer notre conscience collective ». La lauréate du prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, alors au pouvoir, était venue défendre l’armée face aux juges, rejetant toute intention de génocide. Si elle a été renversée depuis, la Birmanie rejette toujours ces accusations.