
Pendant les sept jours de la trêve qui s’est achevée vendredi matin, des prisonniers palestiniens ont été libérés par Israël. Tous décrivent des conditions de détention qui se sont encore plus dégradées que d’habitude. Depuis le 7 octobre, au moins six Palestiniens sont morts alors qu’ils étaient détenus.
(...) « Ce sont les gardes qui m’ont fait ça. Ils m’ont battu il y a une semaine et depuis je ne peux plus bouger le bras. En prison, je criais de douleur et juste avant ma libération, j’ai été frappé à nouveau. Je n’ai eu accès à rien, aucun soin », raconte le jeune adolescent de 17 ans, précisant que la Croix-Rouge lui a fourni les bandages à sa sortie de prison. Deux doigts de sa main droite sont cassés, son bras gauche aussi, et son dos est couvert d’hématomes.
Mohammad assure qu’il n’est pas le seul. « Il y a de la torture en prison. Nous entendions des cris en permanence, continue-t-il. Certains prisonniers perdaient conscience. J’ai vu des prisonniers, plus âgés, qui pleuraient à cause de la douleur, d’autres le visage couvert de sang. Ces scènes resteront gravées en permanence, je n’arrive pas à les oublier. »
« Nous n’étions plus traités comme des êtres humains »
Comme lui, tous les prisonniers et prisonnières libérées décrivent des conditions de détentions qui se sont encore plus dégradées que d’habitude. « Après le 7 octobre, nos façons de vivre ont complètement changé, raconte Shrouq Dwayyat depuis le salon de la maison familiale à Jérusalem, au lendemain de sa sortie de prison.
Elle l’assure : les femmes ne sont pas épargnées. L’ex-détenue de 26 ans raconte la nourriture réduite, la surpopulation par cellule, les sorties uniquement pour prendre des douches, les visites familiales supprimées, les appels avec les avocats également. « Nous n’avions plus de radio non plus, nous étions totalement coupées du monde extérieur. »
La majorité de leurs vêtements ont été confisqués, tous les appareils électroménagers – les plaques de cuisson, les bouilloires –, et il n’était plus possible d’acheter des produits d’hygiène. « Surtout, les gardes faisaient tous les jours des raids dans nos cellules, ils nous jetaient des bombes lacrymogènes aux pieds, nous frappaient et ne prenaient pas en compte nos besoins d’intimité, en tant que femmes. C’était une répression sans précédent et nous n’étions plus traitées comme des êtres humains. Ils veulent nous humilier. »
D’après un rapport d’Amnesty International publié le 8 novembre, des témoignages et des vidéos attestent les « nombreux cas de torture, de passages à tabac et d’humiliation délibérés de la part des autorités israéliennes » et depuis le 7 octobre, au moins six Palestiniens sont morts alors qu’ils étaient en détention. (...)
Mais ces maltraitances n’ont pas débuté après l’attaque du Hamas en octobre dernier. De son appartement d’Al-Bireh, près de Ramallah, Rinad Zaurob raconte la dernière arrestation de son mari, en septembre 2019 – la huitième de sa vie – et les tortures qu’il a subies. (...)
Une violence systémique
Selon le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, la torture ou les traitements inhumains sont des crimes de guerre, particulièrement quand il s’agit de conflits armés et quand cela est commis envers une population sous occupation qui, selon le droit international humanitaire, devrait être protégée par la puissance occupante.
Depuis 1999, la Cour suprême israélienne affirme que « la torture est absolument interdite en Israël », l’État étant signataire de la Convention contre la torture. « Mais cette même Cour suprême précise aussi que si un membre d’une agence de sécurité utilise des techniques d’interrogation extrêmes – proches de la torture –, alors il sera exempté s’il explique qu’il y avait une “nécessité” et qu’il devait le faire afin de “sauver des vies”. C’est vraiment unique ici : aucun autre système juridique d’une démocratie n’a rendu cela légal. Résultat, ce qui devait être une loi permettant des exceptions est devenue celle qui a défini la norme », explique Tal Steiner, directrice exécutive du Comité public contre la torture en Israël (Pcati). (...)